Jeudi 7 janvier 2010 4 07 /01 /Jan /2010 14:33

                                              

 

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LA FAISEUSE DE BIJOUX

 

 

La Bazoche-Gouët se situe a environ 30 Km de Nogent le Rotrou. Il faut prendre la route d’Orléans, puis la direction d’Authon du Perche. Le mot Bazoche vient du mot latin Basilica, qui signifie église. Cette étymologie nous paraît être la vraie, et ce qui tend à le prouver, c'est que dans le Perche, la commune de Bazoches-en-Dunois portait au XIIème siècle le nom de Basilicœ. Le surnom de Gouët, qu'elle tient d'un de ses seigneurs, est d'ailleurs nécessaire pour la distinguer des deux autres communes d'Eure-et-Loir qui portent le même nom : Bazoches-en-Dunois et Bazoches-les-Hautes, toutes deux en Beauce, canton d'Orgères.

 

Au XVIème siècle, on l'appelait La Bazoche-Pouilleuse, sans doute par suite du peu de fertilité de son sol à cette époque, de même qu'on disait Beaumont-le-Chartil ou le Chétif (aujourd'hui Beaumont-les-Autels) pour la même raison, et comme l'on dit encore Montigny-le-Chartil.

 

Sur la Grand-Place, tous les samedis, s’y tient un marché très renommé dans la région. Sur cette même place, il y a la mairie, mais aussi l’église, c’est dire son importance. A partir du premier samedi du mois d’avril, l’ambiance sur la place du marché change un peu. Très tôt le matin, de nombreuses femmes se regroupent près de l’église, semblant attendre quelque chose ou quelqu’un.

 

Un bruit provenant de la route d’Authon de la Perche fait s’animer le groupe.

 

- La voilà ! La voilà ! C’est elle ! Écoutez, on peut entendre le bruit que font les sabots des chevaux !

 

Effectivement, une roulotte tirée par deux beaux percherons d’une robe de couleur grise apparaît sur la place du marché. Arrivés près de l’église, sans que le conducteur esquisse un seul geste, les chevaux manœuvrent de façon que la roulotte soit perpendiculaire à l’église. Cette roulotte que l’on devine très ancienne est toute de bois construite et peinte de deux couleurs. Sa base, jusqu’aux bas des fenêtres, est bleue, le reste est de couleur jaune, le toit en bois lui aussi est verni. De chaque côté, suspendus par des ficelles, on voit des paniers, des hottes, des nichoirs à oiseaux, ainsi que quantité d’autres objets en osiers. Sa porte s’ouvre. Une femme avançant avec difficulté apparaît.

 

Une passante, présente dans l’attroupement, murmure doucement à sa voisine :

 

- Mon dieu, comme elle a vieilli. Regardez donc, même en s’aidant de sa canne elle a du mal à se mouvoir.

- Mais quelle âge a t’elle donc ? Demande la voisine.

- Pas loin de trente ans.

- Trente ans ! Ce n’est pas possible. Vous vous trompez madame, elle en parait beaucoup plus !

- Attendez ! Attendez donc qu’elle retire son châle, vous allez être surprise.

 

Devant la roulotte, la femme, avec peine, dispose une table sur laquelle bien à plat elle pose un châle qui, jusque là, la dissimulait aux yeux des badauds. Le visage ainsi dévoilé rendrait, par la pureté de ses formes, jalouses bien des jeunes filles. Un visage de madone que pas une ride ne marque, encadré par des cheveux d’un noir de geai qui descendent en ondulant légèrement jusque sous la taille. Ses yeux d’un bleu foncé donnent à son regard un éclat d’une dureté métallique.

 

Une jeune fille apparaît à la porte de la roulotte, ressemblant trait pour trait à la bohémienne.

 

- Mère, veux tu que je te descende le tabouret avec le petit coussin ?

- Oui ma fille, je veux bien. Après, vas à l’hôtel demander à Mme Stéphanie de remplir le seau pour faire boire les chevaux.

 

La jeune bohémienne passe sous la roulotte et revient avec le seau. S’assurant une fois encore que sa mère n’a besoin de rien, elle traverse la place pour se rendre à l’hôtel. Quand elle n’en est plus qu’à quelques pas, la porte de l’établissement s’ouvre, laissant apparaître une femme d’une quarantaine d’années aux cheveux châtains. Elle ouvre les bras dans lesquelles la jeune fille vient se blottir.

 

- Viens, entre donc. Comme tu es belle Marie. Comme tu as changée, tu es une vraie femme, maintenant. Je suis contente de te voir. Je me faisais un sang d’encre de ne pas vous voir arriver hier soir.

- Mme Stéphanie, nous avons du nous arrêter à la sortie d’Authon du Perche, les secousses de la roulotte fatiguaient trop la mère.

- Pauvre Fanny, je sais ! D’ici, j’ai bien vu que son état de santé ne s’était pas amélioré. Alors, la malédiction des Doucet est en train de s’accomplir, ma pauvre petite, vas !  

 

Marie baisse la tête sans répondre.

 

- Vous voulez bien me remplir mon seau pour les chevaux, s’il vous plait, je ne veux pas que maman reste seule trop longtemps.

- Oui mignonne, je vais te le remplir ton seau. Retourne vite vers ta mère, je te le ferai porter par le commis.

 

La jeune fille tourne les talons et rejoint sa mère de l’autre côté de la place. Elle s’installe derrière elle, une fesse posée sur une des marches de la roulotte. Fanny, avec difficulté, se lève, avance de quelques pas vers les badauds, choisit des femmes, passant de l’une à l’autre. Sans dire un mot, elle leur caresse les mains et retourne derrière la petite table. Levant les yeux vers le groupe, d’un signe de tête, elle en désigne quelques unes.

 

- Toi ma fille, approche, toi aussi. Toi, viens aussi. Toi, là derrière, passe devant.

 

Elle va choisir ainsi cinq personnes et sort de la poche de sa robe un mouchoir. Elle le pose en l’ouvrant sur le châle, découvrant ainsi, à la vue des femmes impatientes, cinq petits rubis en forme de cœur. Les cailloux, bien que très petits, par leur couleur rouge sang assurent de la pureté des joyaux.

 

Comme on offre un trésor, elle va alors déposer avec une infinie délicatesse, dans le creux de la main de chacune d’entre elles, un petit bout de pierre, répétant à chaque fois :

 

- Le bonheur et la chance entrent dans ta maison,

  Ce rubis tu ne dois user sans déraison,

  Car alors son pouvoir, comme la fumée

  Dans l’espace du temps va s’envoler !

  Quand l’oiseau viendra réclamer

  Le bijou que je t’ai donné

  Dans l’urne il ira  le déposer

  Pour que l’âme soit sanctifiée

 

A chaque bijou qu’elle offre, la séparation semble lui causer d’atroces douleurs, puis comme elle récite l’incantation, alors un sourire de contentement la transfigure.

 

Pendant ce temps, Marie a décroché les objets en osier qu’elle a disposés près de la roulotte. Les clientes semblent vivement apprécier les paniers. Marie en vendra une assez bonne quantité.

 

Profitant d’un moment où il n’y a plus personne, sa mère lui dit :

 

- Marie, ma fille, aide moi à rentrer, je me sens si fatiguée.

 

Alors la jeune fille, avec une infinie douceur, va aider sa mère à rentrer dans la roulotte.

 

Quelques instants après, elle traverse la place et entre dans l’hôtel.

 

- Mme Stéphanie, auriez-vous de la soupe de préparée ?

- Bien sûr ma grande, comment pourrais-je l’oublier, d’hier déjà elle vous attendait. Donne-moi deux minutes, je te donne ça.

 

Se précipitant vers les cuisines, elle en revient avec une casserole qui laisse échapper un délicieux fumet de bouillon.

 

- Vous m’en direz des nouvelles, les légumes sont du jardin et le lard vient de chez notre voisin le charcutier. Tiens ma petite Marie, porte vite ça à ta mère.

 

Dans le café, un couple intrigué par la conversation regarde par la fenêtre, du côté de la roulotte.

 

- Dites madame, questionne l’homme en regardant dehors, j’ai observé ce que faisait la femme dans la roulotte qui est stationnée près de l’église. N’est ce pas indiscret de vous demander de quoi il s’agit ?

- Vous n’êtes pas des journalistes au moins, car ici, on n’aime pas les pisse-copies ! Demande Stéphanie en s’approchant de la table où sont installés ses clients.

 


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Elle tire une chaise, s’assoit et commence :

 

- Les Doucet de mères en filles sont des faiseuses de bijoux enchantés qui possèdent un pouvoir, ho il n’est pas bien grand, pas bien puissant, mais... Approchez-vous plus près que je vous raconte. Vous avez regardé, hein ! Alors, vous avez vu qu’elle choisissait les femmes à qui elle allait faire don d’un bijou car elle ne les vend pas, elle les offre !

 

Devant la mine sceptique de ses clients, elle continue :

 

- Oui, elle offre ses bijoux mais ne veut rien recevoir, ni argent, ni don de quoi que ce soit, juste un merci ou une embrassade. Elle choisit des jeunes femmes et celles qui seront élues, dans l’année, se marieront. Ho, ne me regardez pas avec ces yeux ronds, c’est la vérité que je vous raconte là, et jamais les Doucet ne se trompent, ça, jamais c’est arrivé ! Les bijoux qu’elle offre sont de minuscules rubis grossièrement taillés en forme de cœur. A celle qui portera le bijou, chance et bonheur seront prodigués, pas de chance énorme, non ! Pas de bonheur immense, non ! Mais juste de quoi rendre heureux et éloigner le malheur. Vous doutez ? Regardez donc !

 

Mme Stéphanie enlève un cordon passé autour de son cou, sur lequel on peut voir une petite pierre.

 

- Mme Fanny m’a offert cette pierre il y a quinze ans. L’année même, j’épousais mon mari ! Tous les ans, au premier samedi d’avril, elles arrivent avec leur roulotte, s’installant jusqu’au dernier samedi de septembre. Alors, elles disparaissent jusque l’année d’après. Cela fait plus de cent ans, que dis-je, bien plus encore. L’hôtel appartient à la famille de mon mari depuis 5 générations, et dans les registres, nous avons retrouvé quittance pour des repas aux Doucet, alors imaginez un peu, hein ! Attendez voir que je vous montre quelque chose.

 

Mme Stéphanie se lève, se dirige vers une porte contiguë au bar. Après quelques instants, elle réapparaît dans la pièce avec dans les bras un album de photos à la couverture passablement usée.

 

- Cet album est ancien. Il a été débuté en ... Attendez que je regarde et ne sorte pas de bêtise. Il a été commencé en 1850. Vous imaginez, en 1850, par l’aïeul de mon mari ! Vous rendez-vous compte un peu, c’était les tous débuts de la photographie, avoir un appareil dans nos contrées était chose rare !

 

L’homme se penche sur le premier cliché. On peut voir une roulotte, attelée à des chevaux tenus en bribes par une femme. A côté d’elle, un enfant qui doit être une fillette, puisqu’elle est vêtue semble t-il d’une robe.

 

De la femme, on ne peut vraiment pas distinguer les traits, le cliché étant de trop mauvaise qualité. La photo a été prise à peu près au même endroit où se trouve l’attelage aujourd’hui car on reconnaît bien l’église. Les photos suivantes pourraient être prises à la même période si l’on ne distinguait de légères différences : la robe des chevaux est d’une autre couleur, les gens qui attendent devant la roulotte ont des vêtements bien différents aussi. Une femme et une fillette aux tenues vestimentaires assez identiques, les poses et l’endroit ne changent pas. Les marques des voitures permettent assurément de dater les photographies, sur celle-ci une juva quatre, là, une dauphine, sur l’autre, une traction. Viennent ensuite des clichés pris avec des pellicules couleurs, la meilleure qualité des appareils offre plus de détails. Sur l’une, on peut voir une roulotte de la même couleur que celle stationnée de l’autre côté de la place, près de l’église.

 

La cliente annonce :

 

- Voici les bohémiennes, le cliché a été pris de plus près, on les reconnaît bien !

 

Mme Stéphanie opine du bonnet.

 

- Oui, vous avez raison Marie avait... Elle retourne la photo. Non, ce n’est pas Marie, c’est Fanny enfant, avec sa mère. Comme la ressemblance est saisissante ! Sur ces photos, il est très difficile de dire qui est la fille et qui est la mère.

 

Cela fait bien une bonne demi-heure qu’ils sont à bavarder en consultant l’album photo quand Marie, soutenant sa mère, pousse la porte de l’hôtel. La patronne vient à leur rencontre.

 

- Venez, asseyez-vous à cette table. J’étais justement en train de montrer l’album photo où l’on peut voir la famille Doucet, voulez que je vous l’amène ?

- Oui, merci Mme Stéphanie, j’aimerais bien. Marie ma fille, vas donc faire des commissions, et après nous irons trouver un endroit pour nous  installer. Dites Mme Stéphanie, croyez vous que nous pourrions aller poser la roulotte dans le terrain du père Tournier ?

- Bien sûr,  Mme Fanny, vous savez bien qu’il ne vous refusera pas, et que c’est même pour lui une grâce que vous lui faites. Voulez-vous que je vous serve une part de tarte aux pommes. Le cuisinier l’a sortie du four il n’y a pas très longtemps.

 

Devant l’assentiment de la bohémienne, elle se presse en direction de la cuisine, et revient avec la pâtisserie.

 

- Fanny, vous ne semblez pas en très grande forme, pourquoi ne vous reposez-vous pas. Vous savez, bon nombre de gens seraient heureux de vous recevoir, vous êtes si bonne avec nous.

 

La bohémienne fait signe de la main à la patronne de s’approcher.

 

- Viens donc, ma fille, me montrer tes bijoux. Dis, ne t’es-tu rendue compte de rien ?

 

La femme secoue négativement la tête, enlève le bijou de son cou pour le tendre à la faiseuse de pierres. Fanny prend le bijou, l’enfermant entre ses mains, puis elle le porte à ses lèvres, souffle dessus, dans le même geste que l’on fait quand l’hiver l’onglée nous paralyse les doigts. Alors, la paume ouverte, elle le regarde pendant un assez long moment.

 

- Le rubis est en train de perdre son pouvoir, je le savais bien. L’heure est venue. Viens Stéphanie que je te confie un secret.

 

Ce n’est pas tant le ton de sa voix mais le fait que c’est bien la première fois que la bohémienne se montre aussi accessible qui étonne son hôte.

 

- Le bijou perd de son pouvoir. Regarde, sa couleur est moins brillante. La destiné qui a de tout temps commandé la vie de notre famille est, une fois de plus, en train de s’accomplir. Le rubis que je t’ai offert va perdre de son pouvoir et bientôt devenir une vulgaire pierre. Te souviens tu du serment ? Le bijou possède un pouvoir qui disparaît à la mort de la bohémienne. Un oiseau vient réclamer le bijou, qu’il va alors déposer sur sa tombe. Surtout respecte le ma fille, sinon !!!!

 

La patronne de l’hôtel, inquiète, regarde la bohémienne.

 

- Mais alors, Mme fanny, je ne vais plus avoir de chance, je vais perdre tous les bonheurs que le rubis m’a procurés ?

- Non, sotte fille, ce que tu as, tu le gardes, et...

 

Fanny ne peut continuer, sa fille entre dans l’hôtel.

 

- Mère, j’ai attelé les chevaux. Viens, nous devons aller nous installer. Merci Mme Stéphanie, à samedi prochain.

 

Marie aide sa mère à se lever de la chaise. Quelques minutes plus tard, on entendra le bruit des sabots sur le bitume. La roulotte tirée par les chevaux s’éloigne vers la sortie de la ville en direction d’Authon du Perche.

 

Le champ est situé juste après le château d’eau. Le père Tournier a fait aménager des toilettes qui, bien que sommaires, sont pratiques et arrangent grandement leur confort. Une petite baraque en bois, avec un auvent, leur sert de cuisine. Elles peuvent aussi y ranger le matériel de vannerie. Pour des gens toujours sur la route et confinés à longueur de temps dans leur roulotte, de pouvoir circuler, préparer et prendre des repas ailleurs est appréciable.

 

Les semaines passent, chaque samedi verra le même rituel recommencé.

 

Au début du mois de juin, un jeune homme venant d’un campement installé près de la ville va venir faire une cour discrète à Marie. Au début, elle ne s’en rend pas bien compte, mais Mme Stéphanie qui a observé le jeu du bellâtre, en femme accomplie, ironise auprès de la jeune fille :

 

- Dis donc Marie, il me semble qu’un bel andalou est en train de te faire la cour ! Ne me dis pas que c’est pour tes paniers qu’il tourne autour de toi ! C’est bien vrai qu’il ressemble à un toréro, la taille fine, une moustache aussi brune que les cheveux, un visage aux pommettes proéminentes. Il ne chevauche pas un fougueux destrier, mais une motocyclette qui a la fâcheuse manie de toujours tomber en panne le samedi matin, et toujours près de la roulotte.

 

Marie n’est pas insensible à la cour du jeune homme et les prétextes pour s’éloigner de la roulotte vont devenir de plus en plus fréquents. Fanny, loin de gronder sa fille, semble observer tout cela avec une grande mansuétude. Stéphanie va même plusieurs fois la surprendre à sourire.

 

Un samedi, la roulotte tirée par les percherons va comme à son habitude venir occuper la même place. Fanny sort mais, contrairement aux autres jours, elle ne bouge pas de la place du cocher. Marie s’excuse auprès des jeunes femmes qui attendent, certaines depuis des heures, la venue des bohémiennes.

 

- Mère ne peut plus faire de bijoux, elle n’en a plus la force, il lui faut se reposer ! Veuillez nous pardonner.

 

Le bruit que fait une motocyclette vient arracher un cri de joie à Marie qui jette un regard implorant vers sa mère.

 

- Va ! Va ! Ma fille, ne te fais pas de souci pour moi. Les gens qui veulent des paniers se débrouilleront bien tous seuls. Allez va, mon oiseau, va ! Regarde Stéphanie qui me surveille du coin du rideau, il me suffira de faire un geste et elle viendra.

 

Comme si la patronne de l’hôtel avait entendu, la porte du restaurant s’ouvre. Mme Stéphanie traverse la place, une gamelle fumante entre les mains.

 

- Regarde donc, tu vois bien je ne suis pas seule ! Allez ma fille, cours après ton destin.

 

De la main, Fanny chasse gentiment sa fille qui, jupe au vent, rejoint son prétendant. Aux environs de dix heures, la mine renfrognée, Marie revient et, sans un mot, court se refugier à l’intérieur de la roulotte. Fanny entend sa fille sangloter. Elle  sait qu’elle ne peut rien faire, sinon attendre qu’elle se calme et vienne vers elle.

 

- Maman ! Maman !

 

Fanny a les larmes aux yeux d’entendre sa fille l’appeler maman, chez eux ce petit nom est exclusivement réservé aux enfants. Pour les grands, on dit mère, fixant ainsi le moment de la sortie de l’enfance vers l’adolescence. Elle sait bien combien souffre sa fille. D’un sourire contraint elle la rassure.

 

- Maman, il ne va plus revenir, ils doivent reprendre la route.

 

La mère console sa fille lui passant les doigts dans les cheveux.

 

- C’est ainsi ma fille, tu le sais bien. Il te faut choisir, le suivre ou rester. Allons, conduis moi chez Stéphanie. Allons prendre le repas qu’elle se donne tant de mal à préparer, puis nous rentrerons.

 

La route qui mène jusqu’à l’emplacement que leur a prêté le père Tournier n’est pas bien longue, pourtant il leur faut faire de fréquents arrêts. Fanny souffre terriblement, les cahots et les bosses de la route  lui arrachent des cris de douleurs. Marie qui, du siège cocher dirige les chevaux, s’enquiert fréquemment du confort de sa mère.

 

- Nous arrivons au carrefour du Grand Chêne. Veux tu que nous fassions un arrêt ?

- Oui, s’il te plait ma fille. Laisse moi descendre, la position allongée m’est trop pénible, je suis sûre que la marche me fera du bien.

 

Elles vont ainsi continuer à avancer sur la route. Fanny semble moins souffrir, elle marche se tenant de la main à la crinière d’un cheval.

 

- Regarde Marie, tu vois à droite là-bas, il y a le cimetière. Entrons y,  il est temps que je te montre.

 

Marie, tout de même un peu étonnée, suit sa mère : pourquoi entrer dans ce lieu ?

 

Elles vont aller au fond du cimetière. Là, dans un coin près du mur, se trouve une place d’environ dix mètres carrés. Sur une pancarte, il est inscrit ‘carré des pestiférés’. Marie dénombre cinq tombes, creusées à même le sol. Sur chacune, un petit écriteau de bois où elle peut lire ‘Marie Doucet’ suivi de la date de naissance et de décès, sur une autre tombe ‘Fanny Doucet’, sur une autre ‘Marie’, et ainsi de suite. L’endroit est entretenu, les tombes sont propres, nettoyées et des fleurs sont fichées dans des vases.

 

- Marie, notre famille repose ici. Depuis toujours, nous sommes enterrées ici.

- Mère, pourquoi ces tombes sont elles à l’écart des autres ? Pestiférés cela veut dire contagieux, c’est cela la malédiction des Doucet ? Nous avons une mauvaise maladie ?

- Non, cela remonte à très longtemps. A cette époque, nous étions craints, on nous prenait pour des sorcières, des faiseuses de sorts.

 

Fanny sourit et reprend :

 

- Il faut reconnaître que c’est tout de même un peu vrai, hein ma fille ! Mais regarde comme les gens maintenant nous respectent. Tu vois comme tout est propre et bien entretenu. Comme les indiens, nous transportons notre maison partout où nous nous déplaçons. Nombreux sont les nôtres à être enterrés en secret au coin d’un champ. Nous vivons différemment et sommes enterrées autrement, tout simplement ! Regarde voir dans cette amphore.

 

Elle montre une très grosse poterie de la taille d’un fût de 100 litres qui trône au milieu des tombes. Fanny plonge le bras entier dedans, puis en ressort la main pleine de petites pierres en forme de cœur.

 

- Voilà ma fille, au jour de l’enterrement, celles qui ont reçu, en cadeau, ce bijou devenu pierre, le donnent à l’oiseau venu le réclamer. Puis, en dernier hommage, à tire d’ailes, l’oiseau déposera le bijou dans le vase. Chez nous, c’est ainsi !

 

Elles reviennent vers la roulotte. Marie aimerait questionner sa mère, mais l’expression de celle-ci lui fait comprendre que ce n’est pas le moment.

 

Fanny, dans la soirée, va souffrir si atrocement que sa fille ne sachant que faire pour la soulager veut aller en ville pour ramener un médecin. N’y tenant plus, malgré l’interdiction de Fanny, elle harnache un cheval et chevauche jusque l’hôtel pour réclamer de l’aide.

 

Le médecin qui examine Fanny, constate son extrême faiblesse et veut l’hospitaliser pour des examens.

 

- Les battements de son cœur sont à peine perceptibles. Je ne comprends pas, je suis en train d’ausculter une personne de trente ans dans un corps d’une femme de soixante dix. Si elle ne veut pas aller à l’hôpital,  transportez-la au moins dans un endroit plus confortable.

 

Fanny refuse catégoriquement.

 

- Marie ! Marie ! Il ne faut pas ! Chez nous, nous naissons dans la roulotte et nous y mourons. Chez nous, c’est ainsi !

 

Le médecin sait bien qu’il ne sert à rien d’insister. Marie, une lampe à la main, le raccompagne à sa voiture garée sur le bord de la route.

 

- Dites Marie, il faut tout de même emmener votre mère pour pratiquer des examens.

- Docteur, nous ne pouvons pas, maman refuse, et puis nous n’avons pas beaucoup d’argent.

- Nous nous adresserons aux services sociaux, nous trouverons bien un moyen.

- Non docteur, chez nous, on ne fait pas l’aumône. Alors là, sûr que pour le coup, on tue la mère ! Chez nous, les Doucet, c’est ainsi !

 

Le médecin remonte en voiture. Pensive, Marie regarde les feux de l’automobile, au loin, disparaître.

 

Troublée, elle ne regagne pas aussitôt la roulotte, mais préfère rester seule à réfléchir un peu dans la baraque en bois. Peu après, elle regagne la roulotte, sa mère s’est enfin endormie dans le petit canapé du salon. Marie, sans bruit, va dans la petite pièce du fond qui leur fait habituellement à toutes deux office de chambre

 

La nuit est bien avancée quand elle est réveillée par un curieux bruit de dégurgitation. En silence, elle se lève et écarte lentement le rideau qui sépare la chambre et le salon. Sa mère, à genoux sur le sol, souffre sans faire de bruit en essayant de vomir dans ses mains le repas du soir. Un haut le cœur, plus violent que les précédents, semble la précipiter tête contre terre. Elle ôte les mains de sa bouche et regarde ce qu’elle vient d’expulser dans ses paumes. Marie, étonnée, voit malgré la pénombre sa mère qui esquisse un sourire, se relève, puis se dirige vers la table où, sur un mouchoir, elle pose un objet. Péniblement, elle reprend la position à genoux, semblant attendre sereinement le prochain haut le cœur. Le cérémonial va se répéter une autre fois. Quand Fanny dépose un autre objet sur la table, Marie n’y tenant plus manifeste sa présence.

 

- Viens Marie, viens. Je te savais me surveillant derrière le rideau. Viens ma fille, et regarde.

 

Marie s’approche de la table. Sur le mouchoir, deux rubis en forme de cœur. Fanny les prend entre ses doigts, et les pose dans la paume des mains de sa fille qui peut ainsi sentir qu’ils sont humides de salive et de sang.

 

- Mère, je ne comprends pas, tu as craché des bijoux. D’où viennent ils ?

- Depuis très longtemps chez nous, les Doucet, il nous a été donné mission de faire le bonheur des gens. Du plus loin que l’on s’en souvienne, cela viendrait de l’époque d’un roi français ; lequel, je ne sais pas. Une femme Doucet a été condamnée, à tord, au bûcher pour sorcellerie. Le lendemain, comme un cadeau du ciel, sa fille a craché des morceaux de son coeur qui se sont transformés en rubis porte bonheur. Et depuis, comme par miracle, cela s’est transmis de mère à fille. Chez nous les Doucet, c’est ainsi. Maintenant, allonge moi sur les coussins que je me repose. Je suis si lasse.

 

Au petit matin, Fanny, qui a tout de même dormi quelques heures, profite du soleil, installée sur l’herbe, près de la roulotte. Marie, à ses côtés, travaille l’osier. Fanny tend les mains pour prendre celles de sa fille.

 

- Marie ma fille, il me faut te confier un autre secret. Ton amoureux ne reviendra plus. Chez nous, c’est ainsi. Chez les Doucet, il n’y a pas d’homme à la maison. Dans la famille, il n’y a qu’un enfant par génération et toujours une fille. Tout cela,  je l’ai appris de ma mère qui l’a appris de la sienne et ainsi de suite de génération en génération.

 

Fanny regarde sa fille qui, les yeux baissés, de ses mains tresse un panier. Des larmes coulent en silence de ses joues sur l’osier, le rendant glissant à travailler.

 

- Marie, ne te tourmente pas ainsi. Ton secret, je le connais. Je sais bien que ton amoureux est parti en te laissant un petit cadeau.

 

Marie lève les yeux vers sa mère. Le sourire  qui éclaire le visage de Fanny la rend encore plus triste.

 

- Mère, ton sourire me fait bien plus de mal que les reproches que tu devrais m’adresser.

 

Fanny ouvre les bras à Marie qui vient s’y blottir. Elle lui parle doucement à l’oreille, le vent lui-même ne peut entendre ce qu’elle est en train de lui confier. Ainsi, chez les Doucet, se transmettent les secrets de famille, personne ne doit entendre, personne ne doit savoir.

 

Le soleil se couche derrière l’horizon, c’est le moment où Fanny, épuisée, s’endort pour toujours dans les bras de sa fille. Marie va, seule, préparer sa mère, l’habillant de ses plus beaux habits, la parant de ses plus beaux bijoux. Elle ira à la ferme du père Tournier pour lui demander de prévenir Mme Stéphanie pour les formalités.

 

La nuit est tombée. Dans la mare, des grenouilles semblent de leur chant accompagner les sanglots de Marie, qui pleure, penchée sur le cercueil de sa mère.

 

De la route, comme venu de nulle part, on entend les accords d’une guitare. Des gitans, prévenus on ne sait comment, sont là pour la veillée funèbre. Leur musique et leurs chansons dureront jusqu’au matin.

 

Le cercueil de bois blanc que le père Tournier est venu amener la veille est posé à l’arrière de la roulotte. Le convoi funéraire prend la direction du cimetière. Les chants des gitans accompagnent le cortège jusqu’aux grilles du cimetière, puis ils porteront le cercueil d’une des leurs jusqu’au carré des pestiférés.

 

Plusieurs jours durant, on pourra voir dans le ciel bleu du Perche, des oiseaux, tenant dans leur bec un bijou, voler vers le cimetière de La Bazoche-Gouët.

 

La prophétie récitée par Fanny se réalise alors :

 

‘Quand l’oiseau viendra réclamer

Le bijou que je t’ai donné

Dans l’urne il ira  le déposer

Pour que l’âme soit sanctifiée’

 

 

Si un samedi matin, de bonne heure, vous circulez dans le Perche, alors en sortant de Nogent le Rotrou, prenez la route d’Orléans. Au premier rond point, il faut aller tout droit en direction d’Authon du Perche, vous vous apercevrez que la route, sinueusement, suit le cour d’une rivière nommée la Rhône.

 

Arrivés dans ce village, continuez tout droit. Vous parviendrez dans ce joli bourg que l’on nomme La Bazoche-Gouët. Sur la place du marché où se trouvent la mairie et l’église, dans un coin de celle-ci, face à l’hôtel restaurant, peut-être trouverez vous stationnée une roulotte de couleur jaune et bleue à laquelle deux beaux et musclés percheron sont attelés. Alors, si vous êtes encore une femme célibataire, approchez vous de la bohémienne assise sur le tabouret, un fichu couvrant son visage. Quand elle lèvera les yeux, peut être aurez vous la chance, après qu’elle ait tenue vos mains dans les siennes, de l’entendre vous dire :

 

‘Toi ma fille, viens, approche toi’

 

Dans votre paume, vous sentirez qu’elle glisse comme en cachette un rubis d’une couleur rouge sang dont la forme rappelle celle d’un cœur. Ne lui faites pas l’affront de vouloir lui donner de l’argent, mais approchez vous  pour l’embrasser.

 

Vous connaissez maintenant le merveilleux secret de la famille Doucet. De ce bijou prenez le plus grand soin. Lorsqu’un jour, vous sentirez que le pouvoir est dissipé, que de rubis il est devenu cœur de pierre, un oiseau vous réclamera la pierre pour la porter dans une jarre, là-bas. Alors, pour le repos de la gitane, une prière au ciel, vous pourrez envoyer.

 

 

 Ainsi se poursuit la destiné des Doucet.

 

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Par dairain roger
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Jeudi 7 janvier 2010 4 07 /01 /Jan /2010 14:28

                        LA PIERRE PROCUREUSE

 

 

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Pour accéder au dolmen de la pierre procureuse il faut en sortant de saint Cyr la Rosière, prendre la direction de Clemance, puis de là sur la droite prendre la direction de Gemmages, alors que vous êtes en train de gravir une côte vous menant dans une forêt, au premier croisement vous apercevrez un petit panneau indicateur vous signalant la direction de la pierre procureuse. Un parking vous permet de stationner votre voiture. Vous devez  pénétrer à l’intérieur d’un bois ou l’on remarque que les troncs des arbres sont en majorités tordus comme s’ils avaient souffert on ne sait quelle torture.        .

Après 500 mètres vous parvenez à une clairière, ou devant vous se dresse majestueux le dolmen de la pierre procureuse. L’endroit n’est pas  très entretenu, pour tout dire il est même à l’abandon, il faudrait bien que les arbres qui sont en train de tout envahir soient coupés ou du moins soigneusement élagués. Un panneau vous indique très clairement que, comme tout dolmen, la Pierre Procureuse est une sépulture collective. Elle a été édifiée à la période néolithique vers 3000 ans avant notre ère. Les dalles aujourd'hui écroulées formaient les parois d'une chambre funéraire recouverte d'un tumulus.

 Que le nom de « procureuse » vient de procurer qui veut dire que si vous touchez la pierre en faisant un vœu,  ce désir sera exaucé.

Une légende relate que  la nuit de Noël, à l’heure de minuit, la pierre s’entrouvre laissant alors apparaître un fabuleux trésor, mais qu’elle se referme sur celui qui tentera de s’en emparer.

Laure Mousseron et son mari Marc un couple âgé d’une quarantaine d’années, originaire de la banlieue parisienne, sont en vacances et ont trouvé à se loger à Préaux au perche chez l’habitant. Leur logeur dans une conversation leur a indiqué les lieux intéressants à visiter, aussi aujourd’hui ils ont fait le chemin menant vers le dolmen.

Un peu déçus de leur visite, ils redescendent vers Sainte Gauburge afin de visiter le musée et le prieuré.

En arrivant dans le village, avisant un petit café, ils décident de faire une halte s’installant à  la terrasse sous l’ombre d’un platane.

Ils sont à discuter de leur visite à la pierre et de leur déception quand un monsieur attablé à une table voisine de la leur les interrompt.

-excusez moi mais je n’ai pas pu m’empêcher d’entendre votre conversation, à propos du site que vous venez de visiter, est il en si mauvais état que vous le laissez entendre ?

-oui malheureusement, et croyez bien que nous sommes en deçà de la vérité, il faudrait vraiment un bon coup de nettoyage, si cet endroit est aussi magique que cela alors que les fées lui viennent en aide en faisant apparaître des lutins pour nettoyer un peu cet endroit répond Laure.

-Oui mais encore reprend le vieux monsieur, avec dans la voix de l’inquiétude, la pierre procureuse dans quel état est elle ?

-Je ne pense pas que les ans et les intempéries  l’ont trop abîmée, dressé comme il est vers le ciel comme un gros doigt le dolmen garde un air majestueux dit Marc.

Le vieux monsieur se met à sourire puis prenant un air mystérieux il fait signe  en repliant le doigt au couple de s’approcher de lui.

Laure et Marc se lèvent et vont s’attabler près du monsieur.

Avez-vous touché la pierre et fait un vœu ?

- ho oui, bien sûr que ce n‘est qu’une légende mais sait on jamais hein ? répond Laure en avançant  le menton vers l’avant

-surtout que ? ? rajoute le monsieur laissant un instant son affirmation en suspens puis il reprend sur le ton de la confidence.

.vous n’avez pas caressé la bonne pierre !

Comme s’il venait de raconter une bonne blague, il rit de voir l’air effaré du jeune couple.

-comment ?que dites vous donc là ? bien entendu que nous avons touché la bonne pierre, d’ailleurs il y avait d’autres gens qui ont mis la main sur la même pierre.

-Allons !allons !ce n’est pas de votre faute, mais je puis vous assurer que si vous avez fait un vœu en posant la main sur le dolmen alors vous pouvez être assurés de ne rien voir arriver, voulez-vous me transporter dans la forêt et alors je vous montrerai la bonne pierre et vous raconterai une histoire, qui, elle est véridique, puisque j’en ai été témoin et  puis vous la raconter. Quel âge me donnez-vous donc ?

Le couple s’interroge du regard

-soixante dix ans ? tente laure

-Pour ma part je penserai pour au moins soixante quinze ans avance Marc.

-Bien tenté, je viens de fêter mes quatre vingt quinze ans hé oui !!Ça vous la coupe hein !!dit le pétillant vieillard en gonflant son torse.

Le couple est bien aise de reconnaître que vraiment le vieux monsieur ne fait pas son âge.

-donnez-moi quelques minutes je m’en vais avertir ma fille qui habite la maison avec les volets bleus que vous voyez dans le virage là-bas ;

faudrait pas qu’elle me cherche partout hein ?

Quand il revient quelques instants plus tard, il s’est coiffé d’un très joli chapeau en feutre de couleur marron.

-Marc ouvre la portière avant passager de la voiture, afin d’installer le monsieur.

-c’est une bien belle automobile que vous avez là, c’est français ?

Alors qu’il fait le tour de la voiture, Marc fait non de la tête et  s’installe à la place chauffeur.

-c’est une marque japonaise !!Dit-il

-ha oui hé ben elle est vraiment très belle. Je me prénomme Grégoire et vous, vous êtes ?

Le couple à leur tour se présente.

 

 Une fois la voiture stoppée sur le parking en orée de la forêt le monsieur s’aidant d’une canne se dirige d’un pas allègre  vers l’endroit du menhir.

Quand il arrive il hoche la tète d’un air triste.

-vraiment vous avez raison comme cet endroit est maintenant bien mal entretenu.

-Allez répétez-moi donc jeunes gens les gestes que vous avez effectués tout à l’heure.

Les époux s’exécutent.

-Erreur ! Erreur ! Venez donc voir un peu par là dit le vieux monsieur en avançant de quelques pas.

-regardez maintenant ici que voyez-vous ?

-Un gros rocher, le dessus semble avoir été taillé pour qu’il soit bien plat sur son dessus commente  laure

-c’est ça la pierre procureuse ? mais comment faites vous pour être aussi affirmatif ?

-Remarquez-vous chère dame sur le dessus de la pierre ce trou en forme de coupe taillée dans le roc   ? Et maintenant  cette rigole mesurant prés de deux mètres, qui part du centre coulant jusque vers le bord ?

Oui je la vois, Marcregardes !qu’est-ce donc ? à quoi sert elle ?

-Cette rigole servait au cours de sacrifice a collecter le sang des animaux qui étaient sacrifiés, je m’ose à affirmer animaux, mais peut être y avait il aussi  des sacrifices d’êtres humains !

-bouh !quelle horreur s’exclame Laure qui précipitamment retire sa main avec laquelle elle suivait le tracé de la rigole.

-vous plaisantez !vous me faite marcher, c’est pour me faire peur !

-malheureusement j’en ai bien peur que non sinon pourquoi la pierre serait elle aussi grande ?

Marc qui s’était éloigné pour aller lire les explications affichées sur un panneau, donne raison au vieux monsieur.

-Laure, monsieur à je pense entièrement raison la pierre est bien là, et cela ressemble bien à un autel dédié aux sacrifices, mais ne deviez-vous pas nous racontez une histoire ?

Le vieil homme s’est assis sur un petit rocher.

Venez prés de moi que je vous raconte.

-Voilà il y a de cela soixante dix ans dans les villages environnants on a vu arriver un jour  venant d’on ne sait où  une jeune femme, tirant  avec elle un âne pour transporter tout son maigre bagage.  Elle devait être âgée, d’une trentaine d’années, et, était vêtue comme les gitanes d’une grande robe à motifs fleuris, un foulard encadrait des cheveux aussi noirs que les ailes d’un corbeau. Quand elle vous regardait son regard était si perçant qu’il semblait que vos yeux étaient prés à sortir des orbites. Les villageois se méfiaient  d’elle refusant même qu’elle dorme avec les animaux dans l’étable. Un jour alors qu’elle traversait  la place de l’église à Saint Cyr la rosière, elle  entendit venant du café la toux rauque d’un enfant  qui semblait bien malade. Lentement elle entre dans le café demande à la mère du malade si elle peut s’approcher, alors sur le front de l’enfant elle dessine le signe de croix, en récitant à voix basse une prière.

Le lendemain le bambin semble complètement guéri. La nouvelle que cette femme est douée du pouvoir de guérison par le toucher  se répend dans la région, à la vitesse d’une traînée de poudre en moins de temps qu’il faut pour le dire l’information fait le tour des villages.

 

Le café de saint Cyr la rosière ne désemplit pas, des gens accourent de partout pour la consulter, seulement  la femme a  complètement disparue, personne ne sait ou elle peut bien être passée.

 

A cette époque avec ma fiancée, chaperonnés comme il se doit par sa mère, profitant d’un beau dimanche de printemps, nous partons de Nogent le Rotrou dont elles sont originaires pour aller visiter le dolmen de la pierre procureuse.

Il me faut ici ouvrir une parenthèse pour vous décrire l’endroit que j’ai connu et qui n’a plus rien à voir avec ce que vous voyez maintenant.

Suivez-moi que je vous montre pour que vous puissiez bien comprendre.

Faisant le tour du dolmen, il s’avance de plusieurs pas vers des gros rochers.

-Regardez bien ici, vous pouvez voir encore des pierres formant un cercle, et puis ici, non, là plutôt une sorte de passage.

Dans le centre, de ce cercle, si vous grattez un peu avec le pied vous verrez que ce n’est qu’un peu de terre recouvrant un immense dôme de pierre, lui-même était auparavant posé sur la ronde des pierres faisant ainsi office de toit et sous ce dôme, ou l’on entrait par ce petit chemin cela formait une salle ou aisément  pouvait se tenir debout une bonne cinquantaine de personnes.

Tout le monde pense que les dolmens servant de murs se sont avec le temps écartés faisant alors s’écrouler le toit, mais il y a une autre explication se rapportant à la légende de la nuit de Noël.

 

Je continue maintenant le récit :

 Un dimanche  ma belle maman connaissant ce lieu, nous propose d’aller  le visiter. Prenant un petit air espiègle, il poursuit :

-bien sûr que nous aurions préféré aller tout seul nous promener dans les bois, mais il fallait respecter les bonnes mœurs. Nous étions ma fiancée et moi-même très contents, car bien que chaperonnés par belle-maman, la promenade en forêt était tout de même bien plus agréable, que de rester assis en rond autour de la table dans la salle à manger, à siroter, une boisson d’orgeat.

Nous sommes donc à visiter les lieux, bien entendu, ce panneau expliquant l’histoire des dolmens n’existait pas, mais là !

  Il nous montre un rocher :

- sur cette pierre se trouvait assis un monsieur qui nous explique avec force détails les dolmens et l’histoire de la pierre.

Ce vieux monsieur n’était autre que le propriétaire du bois, il était donc bien placé et à même de pouvoir, par le menu tout nous expliquer. Pendant qu’il était en train de nous montrer avec force détail, la position et l’utilisation que faisaient les druides avec tel ou tel dolmen, sortant de sous le dôme nous voyons apparaître une femme.

Semblant ne pas s’être rendue compte que nous étions là elle fait par l’extérieur le tour de la salle, marchant a petits pas lents les mains jointes en signe de prière, ses yeux regardent vers le sol, on peut entendre sortant de ses lèvres comme un chant.

Le propriétaire nous impose le silence en posant un doigt sur ses lèvres, puis de son autre main il nous fait signe  de reculer.

A l’abri des regards, nous sommes en train de surveiller ce que fait cette étrange bonne femme. Trois fois elle va faire le tour du dôme, puis elle recommence mais dans l’autre sens.

Quand elle a terminé son périple, autour de la chapelle elle s’agenouille devant l’entrée pour une prière qui va durer un bon moment, et sans trop me tromper je pense que cela  a bien pris dix minutes.

Le propriétaire en voyant la jeune femme se relever, toussote pour manifester notre présence, la femme lève vers nous des yeux inquiets, puis, précipitamment s’engouffre dans le lieu de culte.

Le propriétaire continue :

-cette femme à installé un campement là –bas dans les arbres, il nous montre un endroit dans les taillis, cela fait déjà quelques jours.

Pour dire vrai elle me fait un peu peur, je n’ose pas trop m’en approcher, elle est un peu bizarre non ? Nous interroge-t-il.

-Je n’accepte pas que des gens viennent ici et s’installe pour camper, c’est tout de même un lieu de recueillement et de prière, mais avec elle , je ne sais trop quoi dire, elle est différente, vous avez vu elle prie, vous croyez qu’elle fait des messes noires la nuit ? Faudrait peut être que je demande à mes garçons de venir voir. Vous ne pouvez pas imaginer ce que l’on retrouve quelque fois les lendemains de pleine lune, c’est impensable.

Quelle belle histoire, dites Monsieur, la femme alors c’est une sorcière ? Une vraie ? Vous l’avez vraiment vue ?demande Laure les yeux écarquillés.

-Marc tu te rends compte un peu c’est pas croyable !!!Mais je vous en prie continuez ! la femme alors c’était la dame qui a guéri l’enfant ?c’est la même hein c’est ça j’ai bien deviné ?

-Laure voyons, laisse donc monsieur continuer son récit, coupe Marc légèrement agacé par l’intervention de sa femme, -continuez s’il vous plait monsieur.

Le vieux monsieur reprend :

-Après que nous ayons remercié le propriétaire de ses commentaires, nous retournons à la voiture. Nous sommes dans le milieu de l’après-midi, ma fiancée et moi-même ne sommes pas trop pressés de revenir à Nogent le Rotrou, aussi quand je lis un  sur panneau en descendant de la forêt, Saint Cyr la rosière je propose que nous y fassions un détour pour visiter l’église. Voyez-vous a cette époque au contraire de maintenant les églises étaient ouvertes, le jour et même la nuit !!!

Ma belle mère s’en montre ravie, après la visite, je leur propose d’aller prendre une collation au café sur la place, il se nommait si je me souviens bien  le café du croissant. Nous nous installons dehors à la terrasse.

En 1940, dans les petits villages, les gens ne se déplacent qu’a vélo, les plus riches ont soit une motocyclette ou plus rarement une automobile, la seule distraction pour les habitants, comme il n’y a pas de cinéma est de se retrouver au café du coin, cela pour vous dire qu’il y a beaucoup de monde, mais tout de même il y a vraiment énormément de gens, aussi je m’enquière de savoir s’il ne se célèbre pas un mariage ou une fête.

Le patron du café, viens alors nous raconter l’histoire de la guérisseuse, et que depuis ce jour, des gens venus même de loin, sont là pour la rencontrer, mais que malheureusement elle a comme disparu.

Il a même assisté hier au soir, à une dispute entre deux paysans, l’un reprochant à l’autre d’avoir refusé un abri à la femme.

Quand le cafetier nous parle de cette mystérieuse femme, nous la décrivant, nous nous regardons tous les trois, ça ne peut être que cette femme dans la forêt, la coïncidence serait par trop extraordinaire, aussi nous renseignons le cafetier lui expliquant la scène dont nous venions d’être les  témoins  là haut dans la forêt. Sitôt avions nous fini de parler que l’homme  regagne l’intérieur du café, annonçant à pleine voix  que la guérisseuse, aurait trouvé refuge  dans la forêt, alors  comme une volée de moineaux les gens vont courir qui, à leurs voitures, qui sauter sur les vélos, nous allons nous retrouver seuls, non ! je n’abuse pas croyez moi, vraiment seuls, pour vous dire hé bien le patron et la patronne du café sont montés dans leur camionnette, quand je leur dit :

Attendez ! Attendez ! Nous n’avons pas réglés nos consommations le patron du café, passant la tête par la vitre de la portière nous dit :

-c’est pas grave, vous passerez bien un autre jour pour régler.

-ma fiancée et sa mère, me demande alors de pouvoir retourner à la pierre procureuse très curieuses de voir ce qu’il va s’y passer, pour être franc, si elle ne m’avait pas demandé je pense que je l’aurai proposé. Nous retournons donc dans la forêt, vous souvenez-vous  du petit parking au carrefour, hé bien il sera rempli  de toutes sortes d’engins, vélos, motos, automobiles, et même des charrettes tirées par des chevaux, non croyez moi je n’exagère pas, il nous a fallu nous garer plus loin sur la route de l’Hermitieres.

Quand nous arrivons à la pierre procureuse, les gens ont formé une file d’attente devant le lieu de culte, on les voit entrer, rester un bon moment puis ressortir, alors ils ne tarissent pas d’éloges, assurant que la femme est vraiment une grande guérisseuse.

 

Je vais venir ici pendant des années. Je passais deux ou trois fois par semaine, arrivant après le déjeuner du midi et repartant tard le soir. Je lui apportais des cigarettes, elle parlait peu, mais je crois bien qu’elle appréciait mes visites. Elle ne m’a jamais dit que son prénom, Angèle.

 

La guerre ensuite m’a éloigné de la région, quand je suis revenu en 1945, ma première visite à été pour Angèle.

Cela faisait cinq ans que je n‘était venu pourtant quand je suis entré sans même se retourner elle à dit :

-Ha gentil, Grégoire j’espère que tu as pensé à ramener du tabac ?

J’ai été surpris de voir qu’elle recevait encore plus de monde, au point que des personnes bénévolement l’aidaient à canaliser cette foule.

Il y avait tant de monde que souvent on pouvait voir les gens passer la nuit dans les bois, afin d’être sur qu’Angèle les recevraient.

 

 

 

Au mois de janvier 1947, alors que je rends visite à Angèle, elle est toute bizarre, aussitôt qu’elle me voit arriver elle m’entraîne sous le dôme.

-Grégoire, tu connais la légende du trésor ?me dit-elle, sans me laisser le temps de répondre elle poursuit :

-Ce n’est pas une légende je l’ai vu le trésor, la nuit de noël.

-Je n’ai pas pris ses paroles au sérieux, il faut que je vous dise que les paysans offraient force victuailles, vin, cidre, gnole, et ce jour là elle avait un peu abusé, de la dive bouteille, ce sera d’ailleurs c’est la seule fois ou elle me parlera de cette curieuse histoire du trésor.

Pourtant ! ha si j’avais su, bon dieu bon dieu de bois, mais hein !comment savoir, puis elle était si forte, imaginez un peu qu’elle passait les hivers ici dans le froid, pourtant tout le monde lui proposait de la loger, elle était si bonne, jamais elle ne se faisait payer, et quand le cadeau était trop important elle le refusait, oui monsieur, oui madame comme j’ai bien l’honneur de  vous le dire !

Cette même année au mois d’octobre, il m’est proposé un emploi à Paris, ma fiancée est devenu ma femme et nous avons eu un enfant, oui !une fille c’est chez elle  que  je vis maintenant. Tout ça pour dire que cela ne m’a pas laissé beaucoup de temps pour rendre visite à Angèle. Le mercredi 24 décembre ?mon employeur m’accorde un congé pour les fêtes de noël , je suis à peine  sorti de la gare ferroviaire de Nogent le Rotrou, que  ma femme qui m’attend m’avertit que pour Angèle cela va très mal, des gens qui sont venus la consulter pour un enfant malade, lui font des ennuis, parce qu’elle n’a pas voulu le soigner, elle leur a conseillé de se rendre en urgence à l’hôpital parce que malheureusement elle ne pouvait rien faire, la maladie était trop grave, l’enfant est mort , alors ils rejettent la faute sur Angèle et lui font toutes sortes de misères. Comble de malchance ce sont de riches fermiers du coin, ils ont jurés d‘avoir sa peau.

Monsieur Grégoire se tait, il lève les yeux vers le jeune couple. Dans son regard, on peut y lire de la tristesse.

-Ha si j’avais su ! Pourquoi n’ai-je pas bougé !j’aurai y aller de suite mais ,bien sur je n’aurai jamais pu imaginer cela ,et puis c’était le soir du réveillon , comme je passais beaucoup de temps à Paris ,de plus c’était le premier réveillon de noël de ma fille !!Alors j’ai pensé :

-Bon ce n’est pas à une journée près, j’irai voir demain ce qu’il en est.

 

Nous commençons le réveillon, il y a là mes beaux-parents et quelques amis, nous passons une bonne soirée puis brusquement , ce que m’a raconté ma femme à propos d’Angèle me revient en mémoire, cela à dû se voir car ma femme me voyant tout pensif m’interroge.

Que se passe t’il Grégoire ? es tu malade ? fatigué ? tu sembles bien soucieux !

J’explique alors que depuis qu’elle m’a parlé des ennuis qu’on faits à Angèle, je me sens fautif de ne pas m’être rendu dans la forêt pour la voir.

Monsieur Grégoire regarde d’abord Marc, puis Laure.

-ce que je vous raconte est la vérité vraie, ma fille pourra tout à l’heure vous le confirmer. Bon je continue.

-si vraiment cette histoire t’inquiète tant mon pauvre Grégoire  tu n’auras qu’a t’y rendre demain de bon matin, me dit ma femme.

Maintenant quand on sait ce qui est arrivé alors forcément, on peut se dire ha si j’avais su !

-Monsieur Grégoire !! supplie Laure

-la suite, alors dites nous que s’est il donc passé ?qu’est il arrivé ?

-Bon, soit je continue mon récit :

- alors le lendemain le 25 décembre, aux environs de dix heures, en voiture je monte la route qui mène à la pierre procureuse, je roule au pas car il a neigé toute la nuit, quand j’arrive au petit parking, il y a plusieurs voitures, mais ce qui me saute aux yeux est qu’il y a aussi des camions  de gendarmerie ; très inquiet je fais rapidement le chemin qui mène au menhir. Sur place se trouve une bonne centaine de gens, les gendarmes interdisent au public d’approcher de l’autel. Je me faufile afin de me rapprocher au plus prés et alors je vois que le toit de la chapelle s’est écroulé.

Je demande alentour ce qui s’est passé et ou est Angèle.

Les gens me racontent alors que le dôme se serait écroulé et qu’Angèle serait écrasée dessous, que les gendarmes font des recherches, mais pour l’instant ils n’ont rien trouvé.

Mais que !! Il y a des témoins car, des jeunes gens ont tout vu. Légèrement éméchés ils fêtaient noël, dans un village des environs, par bravade ils décident de se rendre la nuit dans la forêt, en arrivant sur le parking, au travers des arbres il leur semble voir comme une grande lumière ; intrigués ils se dirigent vers elle quand ils arrivent à la pierre procureuse ils affirment qu’ils ont vu une femme couverte de bijoux qui sous l’autel dansait, soudainement, sans aucun bruit le dôme lentement dans la terre s’est enfoncé, enterrant dans le même temps la femme.

Pendant un long moment Monsieur Grégoire ne dit plus rien,

Il est là, les yeux scrutant les alentours à la recherche d’on ne sait quoi.

- allez venez il est bien temps de me ramener.

-        Ha non rouspéte Laure !! finissez ! la femme Mme  Angèle ou est elle passée ? l’avez-vous revue ? vous n’allez pas me dire qu’elle est enterrée là-dessous !

 Elle tend le bras montrant l’endroit ou est situé le dôme.

Mr Grégoire hausse des épaules

-ma chère dame des rapports de police existe bien, retraçant ce que je viens de vous raconter. Des jeunes gens affirment avoir assisté à cela. Pour ma part plus jamais je n’ai entendu parler d’Angèle et plus personne ne l’a jamais revue. A vous de savoir si l’on doit prêter foi aux dires de jeunes gens ayant un soir de réveillon un  peu trop bu.

Le contraste entre le vieux monsieur tout pimpant qui à accompagnés les époux, et le vieil homme que les souvenirs ont rattrapé est saisissant, sa démarche est hésitante, il semble avoir beaucoup de mal, en s’aidant de sa canne à marcher.

-Attendez monsieur Grégoire, annonce Laure, reposez-vous un peu, nous ne somme pas si pressés, tenez  avancez vous donc près du dolmen, Marc tiens toi donc à coté de lui , nous allons faire une photo avec l’appareil numérique.(à supprimer)

Les deux hommes de bonnes grâces prennent la pose.

-viens Laure près de Mr Grégoire que je puisse à mon tour vous photographier.

-permettez Mme que j’ôte mon couvre chef demande Mr Grégoire puis, en tendant celui-ci à Marc

-voulez-vous me le garder le temps de la pose.

La séance photo terminée Laure s’approche de Marc qui est en train de manipuler l’appareil afin de voir les résultats.

-comme c’est étrange, je ne comprends pas ce qui a pû se passer, regarde donc Laure, il n’y a que toi, que l’on voit sur la photo, et ? ? ? ? Sur l’autre prise il n’y a que moi  . . . . .

Marc relève la tête.

-dites Mr Grégoire, regardez donc comme c’est bizarre, vous n’apparaissez sur aucune photographie. Mr Grégoire ?. . .

Mr Grégoire ?  . .Laure ! Laure ! là c’est trop fort, mais est il donc passé ?

Les époux lancent des regards étonnés dans tous les sens, personne ! ils sont seuls !!

-Marc que se passe t’il, ou est passé Mr Grégoire, il n’a pas pû courir se cacher quelque part, j’ai peur, Marc que se passe t’il ?

Malgré les recherches il leur faut bien admettre que le vieil homme s’est comme volatilisé.

-Marc partons, cet endroit me glace les sangs.

Quand ils arrivent au parking Laure aussitôt, demande à Marc de fermer de par l’intérieur la voiture.

- Rendons nous au village ou nous avons rencontré le vieux monsieur, allons voir sa fille, pour lui expliquer la soudaine disparition de son père.

Quand ils toquent à la porte de la petite maison,  la voix d’une femme se fait entendre.

Oui ? , deux secondes j’arrive !vous désirez ?

Une femme assez âgée ouvre la porte.

Bonjour Madame, excusez nous, est-ce ici que demeure Mr Grégoire ? car voyez-vous il nous est arrivé une chose extraordinaire là-bas dans la forêt.

Marc, relate à la femme la rencontre avec le vieil homme et leur visite dans la forêt.

-comme c’est étrange ce que vous me dites là, cette histoire de la femme dans la forêt mon père me l’a souvent contée, il est exact qu’il  se prénomme Grégoire, la description que vous m’en faites, est bien la sienne ,mais ! ! ! . . .

-mon pauvre papa est décédé depuis bientôt vingt ans !!!.

 Les époux Mousseron se regardent, interloqués.

Laure, rouge de confusion se confond en excuse

-vraiment Madame nous sommes désolés mais surtout ne croyez pas à une blague, non, vraiment nous avons rencontré un monsieur, il était  attablé là bas à la terrasse du café, puis ensuite il est venu à cette maison, pour en ressortir quelques instant plus tard pour nous accompagner dans la forêt.

La femme leur jette un regard intrigué, puis elle porte un doigt à la tempe.

Le soleil vous rend p’tète un peu zinzin non ?

 Avec un haussement d’épaule elle referme la porte.

-Laure,  dit Marc, tout en retournant près de leur voiture :

-cela serai-t-il possible que nous ayons été victime d’une hallucination, aurions ensemble rêvé tout cela ?

Sa femme vient de s’asseoir dans la voiture, soudainement comme si elle c’était assise sur une pelote d’aiguilles elle se soulève, tenant entre les mains un chapeau en feutre de couleur marron.

-partons mon ami sinon je vais croire que nous avons passé la journée à parler avec un fantôme !!!!

 

Les hasards de la route vous mèneront peut être un jour là-bas prés de Sainte Gauburge si, en passant près de la terrasse du café vous apercevez un vieux monsieur coiffé d’un très joli chapeau en feutre de couleur marron pierre-pro.jpg

 

Par dairain roger
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Jeudi 7 janvier 2010 4 07 /01 /Jan /2010 14:24

                                                    

 

                                        SEMENCES DE REVE

 

 

 

 

C’est l’histoire d’une graine, une toute petite graine…oui entrez !!  clame l’institutrice,

puis d’une voix plus forte car à la porte on toque encore ‘Entrez je vous dis !!

L’enfant qui vient de pousser la porte regarde la femme d’un air craintif.

-bonjour m’dame c’est ici la classe de Mme Garnier ?

-oui ! comment te nommes tu ?

-Tony m’dame

-Tony ? …Tony ?… dit elle tout en consultant  un feuillet posé devant elle

Je n’ai pas de Tony dans ma liste .c’est ton nom de famille ?

-non madame c’est mon prénom mon nom c’est Fortin

-fortin ? Fortin ? Ha oui voilà …. J’ai bien un fortin mais, qui se prénomme Antoine ?

C’est cela ?

-oui M’dame c’est ça, mais tout le monde m’appelle Tony.

Hé bien mon jeune ami la dessus (elle montre la feuille posé sur le bureau) il y est inscrit ‘’Fortin Antoine’’ donc ici tu te prénommes ‘’ Antoine ‘’c’est compris ?

Oui M’dame

-tu vas aller t’installer là-bas prés de louis, louis lève donc la main que ton camarade te vois.

Tony se dirige vers son compagnon de classe

- Antoine fortin !! Il sursaute.

-oui m’dame ?

Tu peux me lire ce qu’il y a d’écrit au tableau ?

-Oui m’dame, semences de rêves, c’est l’histoire d’une graine…. une toute petite graine ..

-bien ! bien !! alors pour que tu comprennes  que dans cette classe, on n’arrive pas en retard, ce soir  tu resteras en retenue, et tu me copieras cent fois ce qui est écrit au tableau  .en n’oubliant pas de compléter la phrase .

-hein ?

On ne dit pas hein !mais comment !ou pardon !

-comment compléter ?

-A toi de trouver jeune homme.

Le soir, dans la classe vidée de tous les élèves Antoine sur une feuille blanche à écrit

‘’Semence de rêves  c’est l’histoire d’une graine…..Une toute petite graine’’ ne sachant ce qu’il doit écrire ensuite  il n’ira pas plus loin.  il reste ainsi le nez en l’air.

Se gardant de toute intervention  Madame Garnier du coin de l’œil l’observe. Le temps passe

-allons jeune homme as-tu avancé dans ta punition ?

-ho oui Madame !

-bon très bien il commence à se faire tard, alors ferme tes cahiers tu termineras chez toi.

Il me faut me rendre à la mairie aussi Je  vais te confier la tache d’essuyer le tableau, puis tu éteindras les lumières.

Tony en sortant de l’école, se dirige rapidement  en direction de domicile de ses parents nourriciers, Tony est ce que l’on appelle ‘’un enfant de la d d a s s , et des familles d’accueil il en a fait beaucoup . La nuit descend vite, dans les rues du petit village  sommairement éclairé, il presse le pas.

devant lui, le long du mur il lui semble apercevoir des  ombres qui sont en train de se disputer.

Pas très rassuré il fait un large  écart pour les éviter.

- laissez-moi espèce d’ivrogne !! Sinon je crie au secours

Une voix de femme qui ressemble à ?? Son institutrice ?

 Madame ? Grenier ? C’est Tony ça va bien ?

Une voix d’homme grommelle

-dégage petit, ou tu vas prendre une taloche

-m’dame ? Ça va m’dame ? Tony inconscient s’est approché

Un poing semblant jaillir  de nulle part le touche au nez, le coup  l’envoi rouler sur le trottoir.

- Espèce de lâche non content de vous attaquer à une femme voilà que vous frappez un enfant tenez prenez donc ça !

On entend claquer une gifle.

Tony s’est relevé, tête baissé il fonce, les poings en avant

-tenez bon M’dame

Une cavalcade. Puis dans la pénombre  la silhouette d’un homme qui  s’enfui

L’institutrice passe la main d’un geste affectueux dans les cheveux de Tony

 -merci jeune homme sans ton intervention, je ne sais pas ce qui me serai arrivé.

-Pas d’quoi m’dame dites faut que je m’dépeche de rentrer sinon je vais me faire attraper.

-Attends laisse moi  t’accompagner et expliquer à tes parents

-c’est pas mes parents, j’suis d’la dass, et faut surtout ne rien dire, sinon que ça va me retomber sur l’dos.au r’voir Mme Lagraine

Le lendemain dans la cour de récréation l’institutrice appelle Antoine qui est en train de jouer, tu ne t’es pas fait trop réprimander ?

L’enfant hausse les épaules

-ben j’ai l’habitude dites Mme pour la punition ?  J’ai pas pu la finir

Mme Grenier semble réfléchir un instant puis :

-Antoine je ne peux pas te dispenser de punition tu comprends cela ?

Il fait oui de la tête.

-mais continue t’elle je t’accorde tout le temps que tu voudras, quand tu l’auras terminé alors tu viendras me la porter .Au fait Dis-moi pourquoi hier au soir m’as-tu appelé Mme Lagraine ?

il réfléchit un moment

Ben j’sais pas  C’est p’téte que v’ote nom  Grenier et cette foutue histoire de petite graine.

L’institutrice ne peut se retenir d’un sourire.

Ce surnom elle le portera très longtemps et ne pourra plus s’en défaire.

 

Antoine n’est resté que quelques mois au village, non pas que la famille qui l’hébergeait était plus mauvaise que les autres, mais il avait si peur d’être adopté.

Au cours d’une fugue, il rencontre un charpentier ancien compagnon de France dont la spécialité est la réfection des clochers et des églises, qui le considérant comme le fils qu’il aurait aimé avoir, va lui apprendre le métier.

Les années passent Tony  rencontre une jeune femme Viviane  avec qui il se marie, quand leur enfant nait  elle lui annoncera :

-Je n’ai pas le courage de te demander de changer de métier je sais trop combien tu aimes ta vie de bohème,  quel crève-cœur cela te serai si tu devais  ne plus parcourir les routes de France. Accrochons  une caravane à la camionnette, comme tes chantiers t’obligent à rester sur place plusieurs mois rien ne s’oppose donc à ce que nous t’accompagnons.

 

C’est ainsi qu’un chantier le conduit un jour dans le village d’où enfant il en était partit fugueur.ses anciens camarade de classe lui apprendrons que la pauvre mme grenier atteinte de la maladie d'Alzheimer à été conduite  à la maison de retraite du village d’à coté.

 

Aujourd’hui, ses pas l’ont mené devant l’établissement

Bien des années se sont passées pourtant dans la grande salle, assise dans un fauteuil roulant il reconnait aussitôt son institutrice.

Mme Grenier, Mme grenier, c’est Tony ….heu Antoine vous vous souvenez ?

Elle lève vers lui des yeux vidés de toute expression.

-Tony ? Tony ? Es tu sur d’être dans ma classe ?tiens prends ce livre mon garçon, fais nous la lecture.

Machinalement il prend le livre tendu, puis se met à lire

 -allons plus fort que tes camarades au fond de la classe t’entendent voilà c’est bien, tiens

Elle sort de la poche un sucre

-tiens voici un bonbon.

Il comprend que la vieille femme ne l’a pas reconnu. Qu’elle vit dans un monde, peuplé d’ombres sans visages et sans noms.

Il va prendre l’habitude de venir la voir pour  lui faire la lecture.

Et c’est toujours le même cérémonial.

Bonjour Mme grenier

-bonjour Monsieur, je vous connais ?

Bien sur je viens vous voir souvent !

Ha oui ? Vous vous appelez comment ?

Antoine

Antoine ? Vous êtes sur d’être dans ma classe ?

-oui Mme Grenier

Aujourd’hui pourtant l’institutrice  le regarde en inclinant légèrement la tête de coté. Puis elle tend la main

Ha voilà qui est bien Vous avez fini votre punition mon petit Tony ?

Aujourd’hui Antoine est venu sans prendre garde qu’il a gardé à la main plusieurs feuillets d’un devis qu’il consultait.

Antoine reste  interloqué.

Vous ?vous ? Me reconnaissez ?

Bien entendu tu es le petit Fortin, c’est à cause de toi que tout le monde m’appelle Lagraine

 Pourquoi as-tu fugué ? Tu n’étais pas bien avec nous ? As-tu fini ta punition ?  ne va pas me dire que tu ne l’a pas terminée ?

Tony de retour au village, raconte à ses anciens camarade de classe ce qui vient d’arriver.

Personne ne sera capable d’expliquer le phénomène.et pourtant il faut bien se rendre à l’évidence.

Lorsque qu’une personne qu’elle a connu élève lui rend visite  en lui portant une punition, alors son cerveau, la ramène  des années en arrière. Elle tiendra alors une conversation parlant des personnes vivant à cette époque

Ce matin le village semble comme déserté. Les habitants très nombreux  massés autour du cimetière sont bien tristes. Aujourd’hui on  enterre leur vieille institutrice.

Dans le premier rang, Antoine accompagné de Viviane et de leur enfant semble le plus touché.

 Il y a quatre jours ne voyant pas me Grenier sur son fauteuil habituel, il va à sa chambre, elle est alitée, pourtant Antoine est content, il montre a son institutrice une feuille.

-Mme grenier regardez, regardez !! J’ai trouvé, ça y es j’ai compris les graines il faut a toutes leur donner une qualité différente écoutez

C’est l’histoire d’une graine, une toute petite graine que l’on nommait  graine de l’amour.

C’est ça hein ? C’est ça ? il reprend

C’est l’histoire d’une graine une toute petite graine que l’on nommait graine de l’amitié

Elle lui a souri de cela il en est sur puis pour toujours elle à fermé les yeux.

Le cortège entre dans le cimetière, le curé fait une dernière bénédiction, les croques morts descendent le cercueil, puis chacun est invité à passer devant pour dans un dernier hommage y jeter une fleur.

Les fossoyeurs enfonce leur pelles dans la terre, soudain on entend venant de la foule Tony qui  balbutie.

- C’est l’histoire d’une graine, une toute petite graine que l’on nommait …….amour

Les fossoyeurs suspendent leur geste

Le silence.

Les ouvriers soulèvent leurs pelles

C’est l’histoire d’une graine, une toute petite graine l’on nommait ……amitié

Tony a repris avec des larmes dans la voix.

- C’est l’histoire d’une graine, une toute petite graine que l’on nommait …..Fidélité

L’émotion est trop forte, il hoquète …..

-Je ne peux pas continuer, c’est trop dur, pardon ! Pardon ! Mme grenier.

Le chef de cérémonie avec un agacement demande :

-quelqu’un veut il dire un dernier mot ?

Le silence

Bien messieurs faites votre travail

-C’est l’histoire d’une graine, une toute petite graine.

Provenant de la foule on entend la voix d’une voix de femme,

Puis une autre voix, et encore une autre, et encore ….

Tous vont à tour de rôle   réciter la punition qu’ils n’avaient jamais rendu, et que leur maitresse n’a jamais réclamé

 

Le cimetière s’est peu à peu vidé devant la tombe ne reste plus que les deux ouvriers

 

- non mais tu te rend compte !Il  est dix sept heures ! J’ai bien cru  que tout le canton allait venir défiler devant le cercueil.

-Allez Maurice couvrons le cercueil.

Il jette une pelle soudainement dans le silence du cimetière on peut entendre

C’est l’histoire d’une graine,… une toute petite graine

Puis la voix rageuse de l’employé

-Ha non Maurice !! Ha non dis moi que ce n’est pas possible ! Ce n’est pas vrai ? toi aussi ! Toi aussi !!!

 

Des gens assurent que certains jours si l’on passe  prés du cimetière  au-delà du mur du coté de la tombe de mme grenier on peut entendre des voix murmurer :

C’est l’histoire d’une graine, …une toute petite graine.

On assure même que l’on a vu Mr Le Maire qui sortait du cimetière  en grommelant

- cent fois , ce n’est pas juste comment je peux trouver cent fois  ! z’etes vache m’dame Lagraine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Par dairain roger
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Vendredi 25 décembre 2009 5 25 /12 /Déc /2009 11:53

                             

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LE TELEPHONE

 

 

 

 

Le village de Verrières est campé à cheval entre les départements de l’Orne et de l’Eure et Loir. Il se situe sur la D 11, entre Berd’huis et Rémalard. Sur la place de l’église, une voiture s’arrête. En descendent cinq personnes.

 

-         Tenez messieurs-dames, c’est ici, au numéro 7 de la rue des Tanneurs. Quel joli nom pour une rue, n’est-ce pas ?

-         Les gens regardent  en direction du doigt que pointe l’agent immobilier.

-         Dites  monsieur vous ne  vous trompez  pas ? le sept  c’est…  la boutique d’un coiffeur ?

-         Ah ? Je ne vous ai pas dit au téléphone que la maison à vendre était anciennement l’échoppe du coiffeur du village ? C’est pittoresque non ? Venez, approchez-vous donc !

 

L’agent immobilier montre une maison enchâssée par d’autres logements. Elle n’est haute que d’un étage. Pour y accéder, il faut gravir une marche de silex aux bords arrondis par les nombreux passages des chaussures. Elle a été bâtie de pierres légèrement jaunâtres, probablement extraites des carrières du pays.

La façade a été recouverte de bois peint en vert. Au dessus de la porte d’entrée,  en grand, il est inscrit à la peinture noire ‘COIFFEUR’ et de chaque coté en plus petit ‘HOMME’.

 

- Foutue porte, voilà donc qu’elle ne s’ouvre pas ! peste le marchand de biens, un homme à la taille bien mise, d’une quarantaine d’années, les cheveux châtains, un visage fin, une petite moustache à la Clark Gable ornant sa lèvre supérieure.

 

D’un coup d’épaule, il pousse violemment la porte en chêne qui s’ouvrira sans aucun grincement.

-         Elle fonctionne pourtant parfaitement, elle est bien graissée, rien ne doit entraver son ouverture, constate le monsieur à la moustache, faisant faire plusieurs va et vient à la porte qui semble, il est vrai, glisser sans retenue. Entrez donc, je vous en prie, dit-il en s’effaçant pour laisser passer Mr Jean et Mme Brigitte Bautel, ainsi que leurs deux enfants.

-         Comme vous le voyez, on ouvre sur un couloir où, de chaque côté, se trouvent deux portes. Cette pièce-ci, dit l’agent immobilier en ouvrant la première porte à sa gauche, c’est.  . . ? le salon.



                                IMGP1714


 

Puis il ouvre la porte faisant face :

 

- Ici, la...salle à manger, assez grande et bien éclairée ! C’est ici qu’il y a très longtemps le propriétaire avait installé son salon de coiffure.

 

Il avance puis pousse une autre porte :

 

- Là, se trouve...la cuisine, et là en face... une chambre. La dernière porte est... ah oui, les toilettes. Au premier étage..., il consulte ses papiers, nous trouverons... Excusez-moi, mais je découvre la maison en même temps que vous. Vous êtes les premières personnes à qui nous faisons visiter ce bien. Je disais donc, reprend-il, que nous trouverons deux grandes chambres et une belle salle de bain. Mais, je vous laisse d’abord visiter les pièces du rez-de-chaussée.

 

Les enfants du couple Bautel, un garçon de onze ans prénommé Félix et une fille de neuf ans que tout le monde appelle du petit nom de Moune, vont, d’une pièce à l’autre, en poussant des exclamations enchantées.

 

- Regarde papa, dit le fils, comme elle est grande la salle de séjour !

- Maman ! Maman ! Claironne la fillette. Tu as vu, il y a une grande fenêtre dans la cuisine, et la porte là, elle donne où ? Oh maman ! Regarde, continue t’elle après avoir ouvert, il y a un grand jardin. Papa ! Papa ! Félix ! Venez voir un peu, c’est trop cool !

 

Le négociateur en immobilier arbore maintenant un sourire ravi. Les enfants sont emballés. C’est pour lui de bon augure, l’affaire s’annonce bien engagée ! Il décide de ne rien brusquer et de laisser la famille Bautel examiner à sa guise toutes les pièces de la maison. Aussi, sort-il dehors, prenant le prétexte de griller une cigarette.

 

Faudra peut être que j’essaie d’arrêter le tabac’, pense t’il en retenant une petite toux causée par l’arrivée de la fumée dans ses poumons.

 

Il va se passer une bonne heure. La famille Bautel a envahi la maison, circulant d’une pièce à l’autre, ouvrant et refermant les volets des chambres au premier étage. A tour de rôle, il lui faudra donner des renseignements divers à chacun d’eux.

 

- Monsieur, l’école, où se trouve l’école ? Rémalard ? C’est loin ? Dix kilomètres, ah bon ? Il y a un autocar ? Merci beaucoup ! Jean ! Jean ! Le monsieur me dit qu’il y a un autocar et que l’école primaire n’est pas loin ! Où ? Monsieur, où est-ce donc, je ne me souviens plus ! Rémalard ! Jean ! Tu connais ? Merci bien monsieur, dit Mme Bautel qui, après cette conversation, retourne visiter la maison.

 

Elle est à peine rentrée que c’est le fils qui en sort et demande :

 

- Dites monsieur, il y a un stade de foot ? Il y a beaucoup d’enfants de mon âge dans le village ?

 

Tout le monde est enfin sorti de la maison. Mr Bautel a pris en aparté l’agent immobilier. Cela sent la discussion de gros sous. Mme Bautel, jetant vers son mari des regards d’encouragement, en cachette du négociateur, joint ses mains comme à la prière singeant en même temps du pouce et l’index le geste de conclure. Puis, elle lui montre le soleil en levant le doigt au ciel, relève la veste de son manteau et tapote sur sa montre. L’après-midi est déjà très avancée, et bien que l’on soit au début de l’été, il y a une bonne heure de route pour rentrer sur Chartres, où ils demeurent actuellement.

 

Mr Bautel et l’agent immobilier reviennent en discutant. Mme Bautel regarde son mari qui, d’un clignement d’œil, semble lui dire que tout va pour le mieux.

 

- Alors les enfants, elle vous plaît la maison ? Et toi, chérie ? Bon, nous sommes tous d’accord ? Ok, nous faisons affaire !

 

Dix huit heures sonnent au clocher de l’église, le négociateur se dirige vers la porte d’entrée, afin de fermer la porte, quand ... 

 

Un téléphone, à l’intérieur de la maison  fait entendre son tintement,  Dring… ! Dring… ! Dring… ! Le négociateur suspend son geste et, en regardant la famille Bautel, avec un haussement d’épaule entre dans la maison.

 

- Allo ? Oui madame ! Pardon ? Vous pouvez répéter ? La chaise ? Quelle chaise ? Vous vous trompez sûrement de numéro, au revoir madame !

 

Il sort de la maison, ferme la porte et se dirige vers les Bautel :

 

- Une dame qui a dû se tromper de numéro de téléphone. Elle me demandait de lui amener sa chaise devant la grille. En disant cela, il porte son index à sa tempe !

 

Deux mois se sont écoulés, lundi ce sera la rentrée des classes. Ce samedi, un camion de déménagement roulant presque au pas avance doucement sur la place de l’église. Arrivé devant la maison aux pierres jaunâtres, il stoppe. Des ouvriers en sortent semblant chercher quelqu’un  où quelque chose. Une voiture vient se garer près du mastodonte, la famille Bautel en sort, s’éparpillant joyeusement autour de la place. Outre le mari, la femme et les enfants, il y a aussi Mme Bautel, mère.

 

- Mamie ! Mamie ! Regarde, il est beau le village hein ? T’as vu, on est juste à côté de l’église. C’est pratique pour aller à la messe, non ?

- Oui, c’est très beau. Répond la mamie à la petite fille qui lui tient la main et la traîne vigoureusement vers la maison.

- Viens, mamie, visiter notre maison. Viens, je vais te montrer ta chambre pour quand tu viendras nous voir. Tu vas voir. Derrière, on a même un jardin !

 

Mamie Bautel va s’occuper de distraire les enfants pendant que les parents et les déménageurs vident le camion et placent les meubles dans la maison.

 

En fin d’après-midi, tout est terminé. Mr Bautel est dans la salle à manger en train de boire le verre du départ avec les déménageurs quand dans l’entrée, le téléphone se met à grelotter.

 

- Te dérange pas, Jean, lance Mme Bautel. Je vais répondre. Allo ? Oui madame ! Pardon ? Vous pouvez répéter ? Que je vous porte la chaise ? Vous m’attendez devant la grille ? Quelle chaise ? Quelle grille ? Allo ? Allo ? Bon, la dame a raccroché ! Encore une qui doit pas être très nette dans sa tête.

 

Ce n’est que dans la soirée, après que Mme Bautel mère et les enfants fatigués, auront gagné leurs chambres au premier étage, que madame va confier à son mari :

 

- Jean, il se passe quelque chose de bizarre avec ce coup de téléphone de tout à l’heure !

- Que veux-tu dire Brigitte, c’est certainement une erreur !

- Non, c’est autre chose. Le téléphone, il ne peut pas sonner, nous n’avons pas encore fait raccorder la ligne !

 

Le mari reste un instant pensif, puis :

 

- Le téléphone doit encore être en service au nom du précédent occupant. Bouge pas que je vérifie.

 

Ce faisant, il se lève et va dans le couloir où se trouve le téléphone. Mme Bautel entend son mari lever et reposer plusieurs fois le combiné de son socle. Quand il regagne la salle à manger, il fait alors un geste de négation de la tête.

 

- Non, aucune tonalité, nous voilà beaux. Il faudra contacter France Télécom qu’ils viennent remédier à cela. Ne va pas te creuser le cerveau pour si peu ma chérie, il y a une explication logique. Il suffit de réfléchir.

 

Ils vont rester un moment, perdus dans leurs pensées, puis Mme Bautel lance :

 

- Ou bien alors, le locataire précédent avait un abonnement avec restriction d’appel. Ce qui fait qu’il pouvait recevoir mais non émettre d’appel !

 

Mr Bautel se met à rire :

 

- Bien sûr ! Bravo Brigitte ! Je n’ai vraiment pas pensé à cela. Champion madame !

 

Et il lève le pouce en signe de victoire.

 

Le dimanche passe très vite, occupés qu’ils sont en rangements de toutes sortes. Les enfants se sont déjà fait de nouveaux copains et jouent près de l’église.

 

- Mamie, vous voulez bien dire aux enfants de rentrer, ils sont restés dehors tout l’après-midi. Il faut qu’ils préparent leurs affaires d’école pour demain, lance Mme Bautel à sa belle-mère, de la cuisine. 

 

Quand le téléphone se met à sonner, Brigitte sursaute. Pétrifiée, elle n’ose bouger de l’endroit où elle se trouve, ne faisant aucun geste pour aller dans le couloir décrocher. Un coup d’œil à sa montre lui indique dix huit heures passées de quelques minutes, exactement comme la veille. De la cuisine, elle observe le couloir, priant pour que le téléphone cesse ses plaisanteries. La porte d’entrée s’ouvre brutalement. Elle pousse un cri, faisant peur à ses enfants qui arrivent juste à ce moment là.

 

- Maman, que se passe t-il ? Crient-ils en cœur, en voyant leur mère toute craintive, blottie dans l’entrebâillement de la porte de la cuisine.

 

Brigitte ne répond pas, inquiète de voir que sa belle-mère, ne se doutant de rien, a décroché le combiné téléphonique.

 

- Allo ? Oui ? Bonsoir madame ! Oui ? La chaise, oui bien sûr. Où ? En face de la grille ?

 

Mme Bautel mère, tout en répondant, regarde sa belle-fille l’air songeur quand celle-ci, de la main, lui demande fermement de raccrocher. Elle s’excuse alors dans le téléphone :

 

- Pardon madame, je dois raccrocher. Au revoir, madame ! Dites-moi Brigitte, qui est donc cette dame qui réclame une chaise ?

 

Brigitte explique la bizarrerie de ces coups fils à sa belle-mère qui la regarde alors, l’un air dubitatif :

 

- C’est étrange tout de même, non ?

 

Ce lundi matin est le premier jour de la rentrée pour les enfants. Trop contents de changer de classe, ils vont aussi découvrir une nouvelle école, ainsi que la cantine scolaire. La station d’autocar que prennent tous les enfants du village se trouve sur la place de l’église. Le week-end a permis à Moune et à Félix de se faire des copains parmi les enfants du village.

 

Aux environs de huit heures, c’est d’un cœur joyeux qu’ils se rendent ensemble à la station, située tout près de la maison. Mme et Mr Bautel ont un peu le cœur gros. Leurs enfants ont décliné l’offre d’être accompagnés jusqu’à l’arrêt du bus.

 

- Oh non, maman ! Oh non, s’il te plaît, papa ! Les copains vont rire de nous, si vous venez. Nous ne sommes plus des bébés ! Tenez, si vous voulez, vous pouvez nous faire coucou du pas de la porte. On est des grands maintenant !

 

Les parents, étreints par l’angoisse de l’inconnu, savent combien l’instant présent est d’importance. Le premier envol de leurs enfants est précurseur d’autres départs bien plus déchirants vers leurs destins, jusque la rupture qui les verra alors fonder leur propre foyer.

 

Mr Bautel, pour engager quelques travaux d’installations, a pris une semaine de congés. Dès neuf heures, de son téléphone portable il contacte les services du téléphone. Ce qu’il va apprendre ne vas faire qu’épaissir encore plus le mystère : La ligne téléphonique est interrompue depuis deux ans. Le préposé, après quelques vérifications, lui assure qu’aucun coup de téléphone n’a été passé ou n’a été reçu depuis le poste. Mais ! Et c’est alors la stupéfaction ! Il est impossible qu’ils aient pu recevoir un appel puisque la ligne est ... coupée depuis un bon moment ! La ligne téléphonique n’est plus reliée au réseau. Cela fait plus d’un an, puisque l’abonné précédent avait un retard de facture. Il n’a pas répondu aux relances courrier, la compagnie a donc coupé la ligne au poteau se trouvant à l’extérieur.

 

Il faut à Mr Bautel, après avoir raccroché, un bon moment pour s’en remettre. Que se passe t-il donc ? Ils n’ont pas rêvé ou plutôt fait un cauchemar collectif, ce n’est pas possible.

 

Afin d’être sûr, dans le couloir, il enlève le fil du combiné de la prise murale auquel il était relié. Puis, se saisissant du téléphone, il le pose sur un coin de la table de la salle à manger.

 

‘Bon, se dit il, alors là mon pote, si tu sonnes et bien je me fais moine et j’entre au couvent !’

 

La journée se passe assez rapidement. Ils n’ont pas le temps de penser à cette histoire qui, il est vrai, n’est pas bien grave. Le nettoyage et le lessivage des peintures de la maison les occupent tant et si bien qu’ils en oublient tout le reste. Les visites de courtoisie de leurs voisins seront les seuls moments de détente qu’ils auront. Dix huit heures sonnent au clocher. Pour un œil averti, il n’est pas difficile de sentir monter la tension.  Le moindre bruit les fait sursauter.

 

Les six coups au clocher ont résonné, Mme Bautel s’approche de son mari en train d’installer une armoire dans la chambre du rez-de-chaussée.

 

- Jean, le téléphone n’a pas sonné. Ouf ! Je peux bien te l’avouer maintenant, mais j’étais terrorisée à l’idée qu’il se mette à grelotter de nouveau !

- Comment aurait-il pu ? Il est sur la table de la salle, le fil à nu tel un pantin désarticulé ! Je voudrais voir quel marionnettiste peut passer devant moi sans que je l’aperçoive. Nous avons été victimes d’un phénomène incompréhensible ! J’entends l’autobus qui arrive. Viens vite, allons chercher nos marmots, et surtout, ne dépassons pas le pas de la porte pour ne pas nous faire gronder.

 

Tout en parlant, il prend sa femme par la taille et dans le couloir la pousse jusqu’à la porte d’entrée. Brigitte ouvre, ils sortent tous deux, faisant signes aux enfants qui poussent des cris de joie en arrivant dans leur direction. L’autobus quitte son stationnement jouant de l’avertisseur afin que les enfants lui laissent la place libre pour circuler.

 

Dring ! Dring ! Dring !

 

Mr Bautel tourne la tête à droite et à gauche. Il ne peut pas croire que cela vient de la maison ! Pourtant, il doit se rendre à l’évidence.

L’impossible est en train de se produire !

 

Le téléphone, posé sur la table de la salle à manger, fait entendre un grelottement qui semble de loin les narguer.

 

 Mr Bautel sent à travers le tissu de la robe de sa femme son corps s’agiter de tremblements.

 

- J’y vais ! Restes là, avec les enfants. J’y vais ! Lance t-il en courant vers la salle à manger.

 

Malgré le peu de temps qu’il met pour atteindre la pièce, la sonnerie a cessé. Il cherche le téléphone des yeux. Il est là, muet, à l’endroit où violement il l’avait posé ce matin. Il tire une chaise, les coudes posés sur la table, ses deux mains se tenant la tête. Il fixe, les yeux dans le vague, le téléphone.

 

- Nous sommes au vingtième siècle, cela ne peut pas exister, je dois trouver une explication logique !

 

Quand le téléphone soudainement se remet à sonner, il n’est alors pas loin de penser qu’il est en train de devenir dingue. Il lève le combiné d’un geste résigné :

 

- Allo ? Allo ? Oui ? Bonjour madame puis-je connaître votre nom ?

 

Sa femme, qui est entrée dans la salle de séjour, le regarde avec des yeux ronds d’étonnement. Elle fait un non vigoureux de la tête.

 

- Jean, regarde-moi ! Jean, crie t’elle, regarde-moi ! Raccroche ! Je t’en prie raccroche ! Je deviens folle, ce n’est pas vrai ! Je deviens folle !

 

Jean lève les yeux, hausse les épaules dans un geste de résignation, puis annonce dans le téléphone.

 

- Allo ? Allo ? Oui, madame ! Oui ! Mais où se trouve la chaise ? Où, dites-moi madame, s’il vous plait, où ? Dehors ? Près de la porte ? Mais il n’y a pas de chaise dehors ! Je vais voir, ne quittez pas.

 

Il se précipite jusque dehors, pour s’assurer qu’il n’y a pas de chaise, Puis, reprenant le téléphone :

 

- Allo ! Allo ? Allo ? Il n’y a plus personne, dit-il en raccrochant.

 

Le phénomène se reproduira le lendemain. Puis, le mercredi, Brigitte va remarquer quelque chose. Quand il y a école, le téléphone ne sonne que lorsque le car est arrivé. Mais le mercredi jour sans école il a, pile, sonné aux six coups annonçant dix huit heures ! Le jeudi, le scénario est identique aux autres jours. Dire qu’ils sont habitués est un bien grand mot. Le vendredi dès le matin, aussitôt, les enfants partis pour l’école, d’humeur pas très vaillante, ils sont tous les deux assis dans la salle à manger. Jean, sous le couvert de la plaisanterie, parle d’en faire un évènement de foire.

 

- Nous allons avertir les journaux. Brigitte, tu te mettras à la porte pour encaisser, et il n’y aura plus qu’à attendre que cela sonne.

 

Sous la boutade, on peut dans ses paroles sentir un profond désarroi.

 

- Jean, j’ai peur. Il faut prévenir la gendarmerie, fait quelque chose je t’en prie.

- Brigitte, que vais-je dire aux gendarmes ? Nous allons passer pour des tarés ! ‘Mr le gendarme, alors, que je vous explique : il y a chez moi un téléphone qui n’est branché sur aucune ligne. Pourtant, ma femme et moi conversons avec une femme qui nous appelle certainement de l’au-delà afin que nous sortions sa chaise dehors ! Quelle chaise monsieur le gendarme ? Alors là, mystère puisque nous venons d’acheter cette maison qui était vide !’

- Jean, il faut alors que tu appelles le notaire, la maison est ensorcelée ! Oui c’est ça. Fais quelque chose, je vais craquer ! Si cela continue, je ne vais plus remettre les pieds dans cette foutue baraque.

- Bien Brigitte, je vais aller chez le notaire me renseigner.

 

Il se lève, prend sa veste posée sur une chaise et se dirige vers la porte.

 

- Attends ! Attends ! Que fais-tu ? Tu ne vas tout de même pas me laisser seule dans cette maison, tout de même ! Alors là, pas question ! Si tu pars, je m’en vais aussi !

- Voyons Brigitte, ne fais pas l’enfant, il n’y a rien de dangereux. Il ne t’a pas attaquée le téléphone. Tout de même, allons !

- Ha oui, et bien restes y ici, toi, et c’est moi qui vais me rendre chez le notaire !

- Brigitte, cela suffit ! Arrête ce caprice !  Ressaisis-toi ! Je compte, dans le même temps me rendre chez le fournisseur de matériaux. Mais viens avec moi, si tu ne veux pas rester dans la maison. Reconnais tout de même que c’est d’un ridicule ! Regarde, tu n’es vêtue que d’un vieux jogging. M’étonnerait que tu veuilles sortir ainsi, non ? Je n’en ai pas pour longtemps. Tiens, j’entends de la musique chez les voisins. Ils nous ont invités, il n’y a pas plus tard qu’hier, à boire le café. Vas-y, donc le temps que je revienne.

 

Après quelques instants de flottement et d’hésitation, Brigitte accepte d’y aller.

 

- Je vais prendre le prétexte de demander les jours d’ouverture de la mairie, dit-elle soulagée de ne pas rester seule dans la maison et de faire connaissance avec ses voisins.

 

Mr et Mme Mietter sont de jeunes retraités. Ils sont installés dans le village depuis longtemps déjà. Mr Mietter est même conseiller municipal. La visite de bienvenue de Brigitte est pour eux un grand plaisir.

 

Jean, rassuré, peut prendre la route pour se rendre à Rémalard.

 

Quand il arrive à l’étude, la secrétaire, désolée, lui annonce que le notaire ne sera pas là avant une heure. Il en profite pour aller prendre des matériaux au magasin de bricolage. Alors qu’il navigue entre les rayons, son portable se met à sonner. Brigitte l’appelle de chez les voisins.

 

- Jean ? T’es-tu déjà rendu chez le notaire ?

 

Avec agacement, il répond qu’il a pris rendez-vous et compte y retourner après ses achats.

 

- Jean, je préférerais que tu rentres de suite. Tu iras plus tard chez le notaire. Viens me retrouver, il faut que tu entendes ce que nos voisins viennent de m’apprendre. C’est important ! Rentre vite. Je suis chez eux, nous t’attendons.

 

Intrigué, Jean laisse les matériaux qu’il avait choisis, à même le chariot, et s’éclipse du magasin en catimini.

 

La distance entre Rémalard et Verrières est d’à peine quinze kilomètres, qu’il va parcourir rapidement. La voiture n’est pas encore garée que Brigitte, du pas de la porte, lui fait signe de les rejoindre. Ils se retrouvent assis autour de la table, un café entre les mains.

 

- Jean, j’ai parlé avec Mme et Mr Mietter de ce qui nous arrive. Mr Mietter, racontez donc à Jean ce que vous venez de m’apprendre. Ecoute, Jean ! Ecoute bien !

 

Mr Mietter commence alors son récit :

 

-         La maison que vous venez d’acquérir, comme vous l’avez remarqué était autrefois l’échoppe du coiffeur du village, qui s’appelait M. Tavette. Quand il est décédé, il y a de cela très longtemps, sa femme que tout le monde ici appelait familièrement Mme Tatave n’a pas voulu vendre la maison. Elle a fait faire des travaux pour que cela devienne une habitation, ne laissant que pour seul vestige du métier de son mari l’enseigne de coiffeur au dessus de la porte.

   Elle est décédée il y a environ deux ans. Vous avez, par l’intermédiaire d’une agence, acheté sa maison à ses petits cousins. Mme Tatave était adorée de tout le monde, et surtout des enfants qui l’appelaient mamie Tatave.

 Elle ne sortait plus du tout de chez elle sauf pour ...attendre devant chez elle le car de six heures du soir qui ramène les enfants de l’école. Elle les attendait sur le pas de la porte, assise sur une chaise, puis sortant les peignes et brosses de son défunt mari elle faisait assoir à tour de rôle les fillettes et les garçons, et, avec délicatesse leur coiffait les cheveux, distribuant comme le faisait son mari à chacun un bonbon. Je peux vous assurer que ce cérémonial avait commencé depuis très longtemps puisque le fils du maire, âgé maintenant de trente ans, nous en a parlé il n’y a pas huit jours de cela, nous assurant que jamais depuis il n’a gouté de si bonnes friandises que celles que distribuait Mamie ‘Tatave’.

 

Mr Mietter suspend là son récit. Soulevant la cafetière posée sur la table, il propose, du geste, de remplir les tasses. Puis, prenant un ton solennel :

 

- Je vais vous raconter maintenant le plus tragique. Dans le village, beaucoup d’ailleurs pensent qu’elle est morte d’ennui. Nous l’avons retrouvée devant chez elle un matin du mois de juillet. La veille, des gens l’ont vue, attendant désespérément le bus qui ne pouvait venir puisque c’était la période des vacances scolaires. Toute la nuit, elle a du rester assise sur sa chaise ! Quand au matin, certains, inquiets de la voir si tôt dehors, se sont approchés, ils se sont rendus compte qu’elle était morte.  Ses deux mains étaient enfoncées dans les poches de sa blouse. Quand on a voulu les sortir, alors, de ses poings serrés pour l’éternité, sont tombés des bonbons enveloppés de papiers de toutes les couleurs.

 

Jean reste là, la tasse levée, ne pensant même pas à la porter à ses lèvres. Du regard, il fait le tour de la table, les fixant l’un après l’autre.





                                                  mamie



 

- Mais, pourquoi nous persécuter ? Pourquoi nous ? Que nous veut-elle ? Nous ne la connaissions même pas ! Alors pourquoi ?  Dites, pourquoi ?

- Je ne sais pas, reprend Mr Mietter, mais Mamie Tatave était d’une si grande bonté que rien de fâcheux ne peut vous arriver. S’il vous plaît, confiez-moi le téléphone, comme j’aimerais entendre encore sa voix ! Je voudrais lui demander pardon de notre indifférence. Elle nous manque tellement. Souvent, il m’arrive, quand je suis à regarder derrière le carreau, de surprendre nos p’tits jeunots qui d’un coup d’œil discret regardent vers l’endroit où elle posait sa chaise, espérant voir leur mamie Tatave.

 

Brigitte se lève, le récit du voisin semble l’avoir rassurée.

 

- Merci beaucoup, chers voisins. Nous n’allons pas vous gêner plus longtemps. Vraiment, je tiens à vous remercier. J’avais imaginé tant de choses monstrueuses, je suis maintenant pleinement rassurée. Allez, Jean, lève toi donc. Nous nous sommes imposés depuis bien trop longtemps.

- Mr Bautel, ma proposition de vous débarrasser du téléphone est sérieuse. Je vous en prie, faites-moi cette grâce !

 

Disant cela, Mr Mietter attend la réponse avec un air si malheureux que Jean, après avoir regardé sa femme qui hausse les épaules voulant signifier par ce geste : Alors là, c’est toi qui décide mon p’tit chéri, allez, assume !

 

- Soit, je vais vous le chercher !

 

Quelques minutes plus tard, Jean est de retour. Il tient entre les mains le téléphone de bakélite noire avec un cadran à œillets qui permet de mettre son index afin de composer les numéros.

 

- Dites voir, Mr Mietter, ce doit être une pièce de collection cet appareil dit Jean en le tendant au voisin. Allez Brigitte, allons dans nos foyers. C’est pas le tout mais, nous avons encore de la route à faire avant d’être rendus à la maison dit il en prenant l’accent des paysans du Perche !

 

De retour chez eux, Jean surprend Brigitte qui, faisant le ménage, chantonne.

 

- Enfin, je retrouve mon p’tit pinson pense t-il.

 

L’après-midi va passer tellement vite que seul le chuintement que fait le bruit de l’autocar en freinant leur rappelle l’heure. Ils se précipitent en courant dans le couloir, se bousculant pour ouvrir la porte d’entrée. Mr et Mme Mietter sont sur le pas de leur porte, Mr Mietter tenant dans ses mains le téléphone. Personne n’oserait l’avouer mais ils sont tous les quatre les yeux rivés sur lui, attendant qu’il veuille bien sonner.

 

Les enfants arrivent en chahutant.

 

- Maman ! Maman ! On peut prendre un verre d’orange !

- Oui, allez-y doucement, arrêtez de faire les fous, et ...

- On ne court pas dans la maison ! clament en riant les enfants.

 

Les portes du car, en se refermant, les sortent de la torpeur où ils s’étaient tous les quatre enfoncés. Le bus quitte la place à vitesse réduite. Une fois sur la route, il s’élance pour prendre de la vitesse puis, dans le virage, disparait.

 

- Bon ! Bah ! Il n’a pas sonné, dit d’un air déçu Mr Mietter ! Vous ne nous auriez pas raconté des cracks pour nous faire marcher, des fois ?

 

L’air courroucé que lui lancent les époux Bautel le persuade vite du contraire.

 

- Rendez-le moi ce fichu téléphone ! V’là qu’il va arriver à nous faire fâcher avec les voisins, répond Jean.

 

Il a repris le téléphone des mains de Mr Mietter et se dirige vers sa porte.

 

- Merci bien Mamie Tatave ! C’est sympa de nous faire passer pour des menteurs, dit il en parlant au téléphone.

 

Il monte les marches pour entrer chez lui, et ... DRING ! DRING ! DRING ! DRING ! Sonne le téléphone alors qu’il est sur le palier. Il se tourne vers les voisins pour savoir si eux aussi ont entendu et ...tombe nez à nez avec son voisin qui, en se précipitant, le bouscule !

 

- Attention au téléphone ! Excusez-moi, Mr Bautel, dit Mr Mietter. Il était moins une ! 

 

Jean a le combiné dans la main. Sans plus s’occuper du téléphone qui pendouille, il claironne un ‘allo’ qui a dû s’entendre jusqu’au-delà du bourg. N’entendant aucune réponse, il recommence :

 

- Mamie Tatave ! Mamie Tatave ! C’est jean ! Allo ? Allo ?

 

Brigitte se met à rire aux éclats :

 

- Allo ? Mamie Tatave ! Répète-elle en l’imitant, allo ? Mamie Tatave c’est Jean ! T’as l’air fin mon pauvre vieux, mais elle te connaît pas mamie Tatave ! Elle te connait pas !

- Bah ! Si, commence t’il, puisqu’elle m’a parlé au ..., mais conscient de l’énormité qu’il allait dire, il ne finit pas sa phrase. Vous me faite suer avec vos conneries, ras la casquette de tout ça, je rentre, moi. Adieu la compagnie !

 

Il tourne les talons. Tenant toujours le combiné dans la main, il tire sur le téléphone qu’il traîne comme un condamné traînerait, jour après jour attaché derrière lui, un boulet. Il referme la porte, en la claquant si violemment, qu’elle en tremble.

 

- Bouh ! Il n’a pas l’air commode quand il est en pétard votre bonhomme ! Lance Mr Mietter à Brigitte, tout en tournant les talons pour rentrer chez lui.

 

De la maison, soudain, on entend, bien qu’étouffer par les murs, le tintement du téléphone qui s’est remis à sonner. Brigitte ouvre la porte d’entrée, Jean apparaît. Il tient le téléphone.

 

- Je n’y comprends rien ! Elle répond à aucune question. Elle répète seulement les mêmes mots : La chaise ! La chaise ! En face de la grille, mais c’est du chinois pour moi ! Vous qui la connaissiez, expliquez-moi !

- La chaise ne peut être que celle qu’elle sortait, toujours la même, celle sur laquelle elle est morte. Mais ‘allez la mettre devant la grille’, alors là, je n’en sais fichtre rien ! De toute façon la chaise, avec tout ce qu’il y avait dans la maison, a fini brûlée à la déchèterie. Faut vous dire qu’elle vivait chichement, avec vraiment pas grand-chose. Mamie Tatave n’était pas bien argentée et ce n’était pas le grand confort chez elle. Ecoutez, continue Mr Mietter, venez donc avec moi. Je ne vous l’ai pas dit mais je suis au bureau de la mairie en tant que conseiller. Allons voir le préposé de la commune. Il ne demeure pas très loin. Lui est à même de nous renseigner : il a procédé au déménagement de la maison.

 

Il ne leur faut pas plus de dix minutes pour se rendre chez l’employé municipal qui vit dans une petite impasse, dont un côté est bordé par une rivière. Un sérieux coup de rénovation ne serait pas du superflu. Pour tout dire, cela ressemble plus à une masure un peu délabrée qu’à une habitation.

 

Mr Mietter s’approche d’une barrière à demi couchée par terre.

 

- Mr Paul ? Mr Paul ? C’est Mr Mietter, crie-t-il.

 

Un homme ouvre la porte, le contraste avec l’aspect miteux de la maison est saisissant. Il se présente sur le palier, tiré à quatre épingles, aux vêtements si bien mis que l’on ne serait pas étonner s’il disait : ‘excusez-moi, mais je me rends ce soir à la soirée que donne le maire de Rémalard. Je m’apprêtais à prendre la route.

 

- Attendez deux secondes, Mr Mietter, j’attache le chien. Vous, il vous connaît, mais pas le monsieur qui vous accompagne.

 

Alors que Mr Paul retourne chez lui, Mr Mietter dit à Jean, en riant :

 

- Saisissant le contraste avec la maison, n’est-ce pas ? C’est tout simplement que Paul est locataire et que son propriétaire refuse de faire les travaux, même les plus élémentaires. D’ailleurs, à la mairie, nous sommes en train de faire rénover un de nos bâtiments pour le reloger. Cet homme, vraie bénédiction pour la commune, est habile de ses mains et très intelligent. Savez-vous que c’est lui qui a dessiné les plans pour la réfection du vieux lavoir ?

 

Mr Paul est sorti et, d’un geste du bras, leur fait signe d’approcher.

 

- Mr Paul, dit Mr Mietter. J’ai besoin de vos lumières. Mr Bautel que voici est le nouveau propriétaire de la maison qui appartenait à mamie Tatave. Nous voudrions savoir ce que sont devenus les meubles qui garnissaient sa maison.

- Brûlés ! J’ai tout emmené à la déchèterie où nous avons mis en tas et brûlé tout ce qu’il y avait dans la maison, annonce sèchement Mr Paul.

- Bon, merci beaucoup. C’est tout ce que nous voulions savoir. Merci Mr Paul, à demain. Allons Mr Bautel, voilà qui met un point final, mais ne règle rien ! Retournons à la maison.

- Mr Mietter, pourquoi voulez-vous savoir ce que sont devenues les vieilleries de mamie Tatave, questionne Mr Paul ?

- Mr Bautel, puis-je renseigner Mr Paul, ou, ce qui sera encore mieux, expliquez-lui donc notre problème. Je vous l’ai dit, il est de bon conseil. Peut être trouvera t’il une solution.

 

Jean, sans trop s’attacher aux détails, raconte alors l’histoire du téléphone. Paul arbore un air sceptique dès le commencement du récit. Puis, quand arrive l’histoire de la chaise, il se met à sourire et lève un bras pour réclamer un instant d’attention.

 

- Excusez-moi de vous interrompre, je reviens de suite.

 

Il entre dans la maison. Un moment se passe, on peut alors l’entendre parler à son chien pour le rassurer.

 

- Oui mon pépère, je reviens tout de suite pour te détacher. T’aimes pas ça hein ! T’es pas habitué. Viens faire une caresse, t’es le plus beau des chiens ! Tu le sais, hein mon voyou !

 

Il sort de chez lui, tenant à bout de bras une chaise.

 

Mr Mietter pousse un cri d’exclamation.

 

- Mais, Mr Paul, vous venez de nous affirmer que tout avait brûlé ! Alors ? Par quel miracle la chaise se trouve-t-elle chez vous ?

- Ho ! Mr Mietter, miracle est un bien grand mot. C’est tout simplement que si nous avons bien brûlé tout ce qui se trouvait dans la maison, la chaise qui, elle, se trouvait dehors, et bien les enfants l’ont prise et l’ont déposée dans l’église, en mémoire de mamie Tatave. Je ne l’ai retrouvée que dernièrement. Car, comme vous le savez malheureusement, l’église n’est plus utilisée que pour les enterrements. Nous en avons eu un au mois d’avril, avec le décès du père du fermier d’en haut. C’est à cette occasion, alors qu’avec les enfants nous disposions les gerbes pour préparer la cérémonie, que l’un deux m’a annoncé fièrement que Mme Tatave serait contente si elle savait que sa chaise se trouvait dans le confessionnal. Vite fait, je l’ai enlevée et transportée chez moi.

 

Les sourires que lui font Mr Mietter et Jean sont gages de la reconnaissance qu’ils lui portent.

 

- Pour ce qu’il en est de porter la chaise devant la grille, je dois messieurs, à mon grand regret, vous faire part de ma complète ignorance. A moins qu’il ne s’agisse d’un endroit se trouvant dans le jardin qui est derrière votre maison.

 

Les deux hommes réfléchissent un moment, puis :

 

- Non, ce n’est pas possible, annonce Jean. Le jardin est clos de trois côtés par un muret, le quatrième côté étant la maison.

- Alors, je ne sais vraiment pas, annonce d’un air désolé Mr Paul. Pourtant, je peux bien vous assurer que jamais je n’ai vu mamie Tatave sortir du village, si ce n’est que pour ... Non, attendez, ce serait trop ! Ha non alors, vraiment, ce serait trop ! Répétez-moi exactement ce que vous avez entendu, au téléphone !

 

Etonné, Jean s’exécute et répète les mots entendu dans le combiné téléphonique ;

 

- La chaise ! Portez-moi la chaise ! Je suis devant la grille ! Je me trouve devant la grille !

 

-devant la grille ? répète  M Paul .

 Alors cela ne peut être que ? Oui c’est surement cela ! Venez ! Venez ! Suivez-moi ! Je vais vous emmener pas très loin d’ici.

 

Tout en parlant, Paul a saisi la chaise et remonte en direction de l’église. Il marche d’un si bon pas qu’il faut à Mr Mietter et à Jean courir pour revenir à sa hauteur. Arrivé près de l’église, Paul continue, prenant la route principale qui sort du village en direction de Rémalard.

 

- Mais Paul, expliquez-vous ! Mais attendez, vous allez trop vite ! Mais, c’est pas vrai, arrêtez, je vous dis ! Clame essoufflé Mr Mietter.

 

Paul ralentit, les laissant venir à sa hauteur.

 

- Savez-vous, Mr Mietter qu’elle était la seule sortie de mamie Tatave ? Non, hein ? Hé bien moi, je le sais pour l’avoir vue plusieurs fois ! Et sa sortie et bien, c’est là !

 

Il tend le bras, index tendu, montrant un mur haut d’environ un mètre quatre vingt, et d’au moins cinquante mètres de longueur. On peut voir en son centre une porte grillagée à double battant.

 

- Mais, Mr Paul ! Mais, Mr Paul ! Bégaie Mr Mietter, c’est le... cimetière !

- Oui, c’est le cimetière, et venez voir un peu ! Regardez donc face à la grille. Oui, c’est la tombe de mamie Tatave. Elle réclamait sa chaise, voilà tout !

 

Paul entre dans le cimetière, et, sur la pierre tombale installe la chaise de mamie Tatave.

 

Alors ?    Alors ?

 

Alors ! Depuis, le téléphone a retrouvé sa place dans le couloir mais, il est devenu définitivement muet.

 

Et maintenant, dans la région, on dit que :

 

‘Que les parents interdisent aux enfants, quand arrive le soir et qu’ils rentrent par le car, de regarder du côté du cimetière. Des fois que mamie Tatave soit assise sur sa chaise, l’enfant qui l’apercevrait, alors en une nuit, deviendrait grand.

 

On dit aussi que si une grande personne passant devant le cimetière à la cloche sonnant les six heures, et qu’alors sur sa chaise il aperçoit mamie Tatave lui tendant une main remplie de bonbons aux papiers de toutes les couleurs, alors l’adulte pour toujours redeviendrait un enfant !

 

Foutaises ?

 

Si, en venant dans la région du Perche, vous passez près de Berd’huis, au feu, prenez la direction de Rémalard. En arrivant à Verrières, tournez à gauche, vous trouverez alors comme dévoilée à vos yeux la petite église. Sur la place enchâssée, prisonnière entre deux maisons, avec ses pierres à la teinte légèrement jaunâtre se trouve la demeure de la famille Bautel.

Elle est facilement reconnaissable avec sa façade recouverte de bois peint en vert, avec au dessus de la porte écrit en grosses lettres ‘COIFFEUR ‘.

 Poussez donc la porte. Dans le couloir, posé sur une tablette de bois, bien en vue il y a le téléphone de mamie Tatave. Peut-être alors aurez-vous la chance, dans le silence de la maison, d’entendre...

 

 

 

DRING   ! DRING   ! DRING   !

 

 

 

 

 

 

Par dairain roger
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Vendredi 25 décembre 2009 5 25 /12 /Déc /2009 11:51

   YVONNE

                  

                    Texte de : Roger   DAIRAIN

 

 

Reproduction totale ou partielle interdite sur quelque support que ce soit sans l'accord des auteurs

 

 

 

Marjorie Dépaigne, une petite fille de onze ans est toute mignonne avec ses petites tresses blondes qui lui entourent le visage. Aujourd’hui est un grand jour : pour la première fois, elle va toute seule prendre le bus du ramassage scolaire qui va l’emmener de Souancé au Perche jusqu’à Nogent le Rotrou ou elle va faire son entrée en classe de sixième.

Hier dans la maison familiale située route de la Gâte, il lui a fallu exposer bon nombre d’arguments, pour persuader ses parents de ne pas l’accompagner en voiture jusqu’au collège.

- Mais maman ! Mais papa ! Je suis grande maintenant, je peux y aller toute seule, et… mes copines vont se moquer de moi, si vous me chaperonnez ! Pour qui vais-je passer ?

 

Ce matin après une dernière discussion, un arrangement par sa mère a été trouvé.

- Ecoute bien Marjorie, tu iras seule à l’arrêt de bus, puis  tu vas seule prendre l’autocar pour Nogent le Rotrou, mais ?… nous te suivrons de loin avec la voiture. Oh ! Ne te fais pas de soucis, nous serons discrets, et quand tu arriveras  au collège nous serons à  t’attendre devant la porte.

 Devant l’ultimatum de Mme Dépaigne, la petite Marjorie doit contre mauvaise fortune, faire bon cœur.

 

 

 

 

 

 

Bonne première arrivée, elle est toute seule assise sur le banc de l’abribus.  Derrière, elle entend  le chahut que font les enfants dans la cour de son école.

- Mon ancienne école, rectifie-t’elle.

Un peu mélancolique,  elle tourne la tête. Là-bas près du préau, Mme Yvard la directrice qui l’aperçoit  lui fait  signe de la main.

Une larme vient, sans qu’elle s’en rende compte, de glisser sur ses joues. Bien vite elle l’essuie.

-        Manquerait plus que maman de loin me voit pleurer !

 Tournant la tête, elle se penche à droite puis à gauche, essayant de deviner ou ses parents se sont garés pour la surveiller, cela la rassure, elle ne les voit pas.

 

Un bruit la fait sursauter, elle lève les yeux. Sans qu’elle l’ait vu arriver, devant elle s’est arrêté un autocar.

 

 

 

 

 

Qu’est-ce donc que cela ? pense elle, ce n’est pas l’autocar de ramassage, je l’ai vu pendant des années quand au travers des barreaux de la barrière de la cour de l’école, je regardais avec envie les grands qui montaient dedans pour  aller en ville. Il est rouge et blanc notre bus  et… pas aussi vieux que celui-ci.

Au travers  de la vitre de la porte du car, elle voit le conducteur qui la dévisage.

 

 

 

Ce n’est pas le chauffeur habituel, je le connais bien M. Maurice pense-elle. Celui là à l’air plus vieux avec sa casquette de marin vissée sur le crâne, et M. Maurice il n’a pas de moustache alors que l’homme qu’elle distingue assis à la place du chauffeur a la lèvre supérieure ornée d’une grosse moustache rousse.

Sans faire de bruit le car redémarre très lentement. Des enfants au travers des vitres lui font  signe au revoir, machinalement elle leur rend leur salut.

Soudainement alors que le car s’éloigne un visage de fillette vient de se coller à la vitre arrière. Une enfant semblant avoir  son âge qui, du bout des doigts lui envoie des baisers.

 

- Hé Marjorie ! Tu rêves ?

Ses copines du village  viennent d’arriver.

- Dites vous avez vu le drôle d’autocar ? Vous avez vu les enfants qui étaient assis dedans ?

- Non répondent-elles, nous n’avons rien vu du tout.

Le bus ! Voilà le bus !

Prenant l’air blasé de collégiennes habituées à prendre le transport, rapidement  elles s’engouffrent dans le véhicule et s’installent sur les banquettes.

Marjorie  assise près d’une fenêtre, s’interroge :

- C’est si réel ce qui m’est arrivé, je n’ai pas rêvé  tout de même, et pourtant  si ?... L’autocar existait, alors les copines… auraient dû le voir !

 

 

Le soir, elle raconte à sa mère ce qui est arrivé le matin.

- Oui c’est vraiment étrange, mais ma chérie, tu n’étais pas dans ton état normal, c’est ta première journée. Souviens toi, hier au soir, combien il a fallu insister pour que tu ailles au lit te coucher et je suis sûre qu’une fois dans ta chambre tu ne t’es pas endormie tout de suite, je me trompe peut-être ?

Tu ne t’en es pas rendue compte, mais peut être t’es tu assoupie en attendant le bus ? Nous n’étions pas loin, aussi l’aurions-nous vu ce mystérieux autocar tu ne crois pas ?

Marjorie doit en convenir, elle a rêvé !

Le lendemain à l’arrêt de bus, Marjorie est un peu nerveuse et jette des regards inquiets mais il ne se passe rien d’anormal. Peu à peu, au fil des jours, l’épisode ne devient plus qu’un mauvais rêve, et comme les mauvais rêves, on se dépêche  rapidement de l’oublier.

Le lundi suivant Marjorie qui toujours a détesté être en retard est  seule à l’arrêt. Sortant comme par magie du brouillard, elle voit devant ses yeux apparaître l’autocar qui stoppe à sa hauteur. Le chauffeur est bien reconnaissable à sa grosse moustache, il porte la même casquette.

 

 

 

Marjorie ferme les yeux.

- Je rêve, ce n’est pas vrai je vais ouvrir les ouvrir et alors il aura disparu !

Elle les ouvre, le bus est en train de repartir. A la vitre arrière la petite fille est là qui, souriante, lui envoie des baisers…

 

Le soir, elle raconte à sa mère  qu’elle  a revu l’autocar et l’enfant, qui comme la première fois est assise à l’arrière.

Les parents se rendent à la gendarmerie de Nogent le rotrou. Les gendarmes après avoir entendu le récit de Marjorie se montrent intrigués.

- Madame, Monsieur, tout ceci est vraiment bizarre ! Nous allons enregistrer les déclarations en main courante, mais vous ne pouvez  pas porter plainte, il ne s’est rien passé, il n’est rien arrivé à votre fille. Mais rassurez-vous, se dépêche t’il d’ajouter devant l’air consterné des parents, nous allons tout de même discrètement, mener une enquête.

Le brigadier en aparté demande aux époux Dépaigne, de prendre rendez-vous auprès d’un psychiatre.

- Comment ? Mais que voulez-vous nous faire croire ! Notre fille n’est pas folle ! Si elle dit qu’elle a vu l’autocar, c’est qu’elle l’a vu, ce n’est pas une menteuse !

Le gendarme se montre gêné :

- Non ce n’est pas ce que je veux dire, mais vous savez les jeunes filles quand elles arrivent à l’âge de la puberté, peuvent être sujettes à des comportements bizarres, aussi pour vous rassurer il serait bien de consulter.

La visite aux gendarmes, loin d’avoir rassuré les parents, les oblige à se poser encore plus de questions. Dans les jours qui suivent, sans même s’en rendre compte, ils regardent leur fille avec au fond des  yeux des marques de doute et d’inquiétude.

Marjorie n’en peut plus, un soir elle explose :

- Quoi ? Vous ne me croyez pas ? Vous ne me faites plus confiance ? Mais pourquoi irai-je inventer ça ? Je ne  peux même plus prendre le bus, mes copines m’évitent. Les gens qui me connaissent me regardent comme si j’avais fait du mal. Alors hein ?  Alors ? Ah si j’avais su, j’aurai rien dit du tout !

 

Les jours passent, puis les semaines… Arrivent les premières vacances scolaires. Marjorie est envoyée  chez sa mamie qui habite près de Lorient.

Elle est gentille mamie Rose, elle appelle Marjorie ‘ma petite princesse’. De plus, chez elle, elle peut jouer avec ses cousins. Un soir qu’il n’y a rien d’intéressant à la télévision, les enfants énervés commencent à se chamailler.

Mamie  Rose propose de jouer au jeu de dada.

- Oui ! Oui ! S’écrient les enfants.

- Marjorie, ma petite princesse, ouvre donc la porte du placard près de toi, non la porte du haut, regardes, tu vas y trouver le jeu.

Pour atteindre le jeu Marjorie doit déplacer une sorte de gros livre de cuir.

- Mamie c’est quoi ce livre ? Il a l’air vieux !

- Donne le moi s’il te plait, c’est un album photo, vous voulez voir à quoi ressemblait vos parents quand ils avaient votre âge ?

La grand-mère ouvre délicatement le grand livre, cela amuse les enfants de découvrir leurs parents qui avaient alors le même âge qu’eux.

Les commentaires vont bon train :

- C’est qui çui-là ?

- Tonton Jean ?  Dis mamie on le connaît pas le tonton Jean ? Il habite ou ?

- Et là dis qui c’est ?

- Ta maman mon p’tit chéri

- Ma maman ? C’est vrai ? Comme elle est habillée drôlement !

Au détour d’une page, Marjorie comme tétanisée pose son doigt sur une photo.

- Mamie qui est-ce ?

 

 

 

- Ta tante Yvonne, la sœur de ta mère.

La sœur de ma maman ? Mais elle ne vient jamais à la maison ? Pourquoi ? Elles se sont disputées ?

La grand-mère semble  gênée :

- Elle est morte, il y a bien longtemps, elle… elle avait à peu près ton âge.

- Mamie ? Est-ce que maman t’a parlé de l’autobus que j’ai vu à l’endroit ou on attend pour aller au collège ?

Mamie rose fait signe que oui.

- Mamie, c’est elle ! C’est la petite fille qui de l’arrière de l’autocar m’envoyait des bisous !

- Faut pas dire des choses comme ça ma petite princesse, c’est pas bien et cela fait du mal.

- Mais mamie c’est vrai, j’te jure c’est vrai.

Les  grosses larmes qui coulent des yeux de l’enfant sont pour la mamie la meilleure des preuves.

Tard dans la nuit, alors que les autres enfants sont couchés, la grand-mère racontera les circonstances du décès de l’enfant vue dans l’album.

 

« A l’âge de onze ans, alors que depuis sa naissance Yvonne jamais n’avait été malade, subitement elle fut prise de fortes fièvres, qui  pendant plusieurs jours la firent délirer. Elle était si assidue à l’école qu’elle était triste de ne pouvoir y aller. Un matin de très bonne heure, alors que tout le monde dormait, elle se leva, les pieds nus elle se rendit sur la place de l’église de Souancé, à cette époque c’est à cet endroit que se trouvait l’arrêt des autocars. C’est là, blottie dans une encoignure de la  porte de l’église, son cartable à la main que la découvrit le chauffeur. Elle était morte. »

 

 

 

 

- Promets-moi de ne pas en parler à tes parents, ils me gronderaient s’ils savaient que je t’en ai parlé.

- Mais Mamie pourquoi vient-elle me voir ? Pourquoi moi ?

La grand-mère hausse les épaules :

- Va t’en savoir ma petite princesse, la vie est parfois bizarre.

 

 

Les mois ont passés Marjorie, comme promis à sa mamie, a gardé le secret.

Quelques fois, alors qu’elle est seule à l’arrêt de bus, semblant sortir de  nulle part, elle voit  arriver le drôle d’autocar.

Elle n’a plus peur maintenant, et, lorsque le bus s’éloigne elle guette sa tante Yvonne qui, par la vitre arrière lui envoie des bisous.

 

Sortant du brouillard, le car ce matin s’est arrêté. Derrière la vitre le chauffeur à la grosse moustache, a actionné une manette et… . . . . . .

 

 

 

la porte s’est ouverte. La main de la petite fille a saisi avec douceur celle de Marjorie. La porte dans un chuintement  s’est refermée, le car dans le brouillard s’est enfoncé.

 

Sur le banc de  l’arrêt de l’autobus, semblant attendre qu’elle revienne, comme oublié ………………un cartable…

 

 

 

Quelques fois, le soir en revenant de l’école, une petite fille raconte à sa mère que :

 le matin à l’arrêt de bus, un autocar semblant sortir du brouillard, devant elle sans un bruit s’est arrêté.

Le chauffeur porte une grosse moustache et, sur son  crâne trône  une drôle de casquette. Alors que lentement le car redémarre à l’intérieur sagement assis sur les banquettes des enfants de la main lui ont fait signe au revoir.

par la vitre arrière deux petites filles au sourire figé, du bout des doigts posés sur leur lèvres   lui ont envoyé des …….bisous…

 

 

 

 

 

                                               FIN

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Par dairain roger
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